Mandy, de Panos Cosmatos


Le Grand Nicolas Cage, qui a tout fait, du chef-d’œuvre au blockbuster, ose encore s’aventurer à cinquante-cinq piges dans des projets de série B nanardesque improbables.

Mandy et Red vivent paisiblement d’amour et d’eau fraîche dans une maison tout en bois au milieu de la forêt. Mais un jour, Mandy croise la route d’une secte, « les enfants de la nouvelle aube », adepte de rituels occultes. Jémériah Sand, le gourou, kidnappe la jeune femme et tente d’en abuser en vain. Le groupe décide alors de la brûler vive, sous les yeux de son compagnon.

Le film peut se vivre comme un trip hallucinogène, bon ou mauvais selon qu’on se laisse contaminer ou pas. Panos Cosmatos m’avait laissé totalement sur la touche avec son premier film, Beyond the black rainbow. Mandy est moins obscur, plus fun, et reprend le bon vieux schéma du « revenge movie ». Le rythme est d’abord assez lent, au point qu’on a l’impression d’assister à un film au ralenti. Les images baignent systématiquement dans des couleurs vives, rouges ou bleues, avec une esthétique des années 80 (un léger voile flou et du grain de pellicule). Parfois on n’est pas loin de David Lynch, avec des dialogues abscons et des visions inquiétantes de forêts nocturnes. Red étant bucheron, le bois est omniprésent dans les décors, un peu comme dans Twin Peaks. La musique lancinante du regretté Johan Johannsson parachève cette ambiance anxiogène.

La deuxième partie du film, plus rythmée, voit arriver la sanglante vengeance de Red. Panos Cosmatos compile un peu tout ce que l’on a déjà vu dans les… quarante dernières années de films d’horreur ! Ainsi, les bikers maléfiques sont des répliques à peine cachées du groupe des cénobites masochistes de Hellraiser. On trouvera également un duel à la tronçonneuse et plusieurs meurtres gores exécutés grâce à une grande faux moulée à la main. Mais surtout, surtout, il y a cette géniale fausse pub pour le cheddar Gobelin, où l’on comprend que le réalisateur ne se prend pas au sérieux, et c’est mieux comme ça.

Cette œuvre kitsch et colorée est un véhicule parfait pour un Nic Cage en roue libre, qui cabotine tellement que c’en devient jouissif. Il nous sert une panoplie de toutes ses compositions déjà vues auparavant : le psychopathe qui pète les plombs, le mec en slip/chaussettes qui boit la vodka à la bouteille, le type ultra-cool qui fait gaffe à ses vêtements. Son look de bucheron hirsute et barbu est d’ailleurs particulièrement soigné. Ce n’est peut-être pas très original, mais je reste un grand fan de l’acteur, quoiqu’il fasse. Le reste du casting se hisse au même niveau, la secte étant composée d’une galerie de trognes à la fois horribles et rigolotes. Même Mandy, interprétée par Andrea Riseborough, a un charme assez particulier avec ses grands yeux bizarres et son teint blafard. Un petit air de Tilda Swinton.

Mandy n’offre rien de très neuf sous le signe de la série B d’horreur mais le réalisateur ne cherche pas non plus à révolutionner le genre. Cependant, la présence d’un Nicolas Cage en bonne forme et une atmosphère particulière, entre fantastique et science-fiction, parviennent à élever le film au-dessus du tout venant.

Disponible en dvd et blu-ray chez Universal.


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

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