Walkabout, de Nicolas Roeg

Après le suicide de leur père en plein désert australien, une adolescente et son petit frère se retrouvent seuls. Ils marchent au hasard et font la rencontre d’un jeune homme aborigène qui effectue son « walkabout ». Il s’agit d’un rite initiatique. A l’adolescence, tous les garçons doivent vivre par eux-mêmes dans le bush australien pendant six mois.

Walkabout propose de nombreuses strates et l’on peut le voir à plusieurs reprises sans ennui. Au premier degré, c’est un survival. Malgré l’aplomb de la jeune fille destiné à rassurer le garçon, elle ne sait pas où elle va. En uniforme scolaires, le deux vont vite être confrontés à l’hostilité des lieux. Ils doivent rapidement trouver à manger et surtout à boire.

Par le biais de nombreux plans de la faune locale, Roeg nous rappelle incessamment où nous sommes. Il utilise de nombreux endroits stupéfiants et chaque scène constitue une « carte postale » de l’Australie. Loin d’être un désert de sable, le bush dépeint ici se décompose en paysages très différents.

Même si l’on ne ressent pas une violence, la rudesse du climat crée une menace sourde et permanente. Il n’y a pas d’ennemi dans l’histoire mais on sent bien que sans connexion à la nature, la survie ne sera que de très courte durée. Même si aujourd’hui cela peut sembler étrange, l’intégration à la nature passe par la chasse des animaux qui s’y trouvent : lapins, kangourous et lézards de toutes tailles sont tués, vidés puis cuits par l’aborigène. Le film nous montre tout dans les détails, ne nous épargnant rien du côté gore.

Nicolas Roeg utilise toutes les techniques offertes par le cinéma pour conter son histoire. Par le biais d’un habile montage, il fait des rapprochements visuels, utilise des symboles pour nous interroger. Il évoque les différences entre civilisation moderne et civilisation ancienne. Ce qui apparaît violent chez l’aborigène est juste caché chez nous (c’est le boucher qui fait le boulot). Alors que la chasse est question de survie chez le sauvage, c’est devenu un sport chez les « civilisés ». De même, on observe des comportements vulgaire de séduction alors que chez le jeune homme, ce n’est que curiosité et désir subtil.

On pourrait considérer certaines scènes de Walkabout comme graveleuses. Le film est resté célèbre pour ses séquences où Jenny Agutter, alors âgée de seulement dix sept ans, s’ébat nue dans des eaux limpides comme une naïade. A l’époque du film, les esprits étaient certainement plus libres et permissifs concernant la nudité. Il ne s’agit pas ici d’une scène à caractère sexuel. Le sexe est présent seulement s’il l’est dans le regard et l’esprit du spectateur. On peut tout de même trouver qu’elle est belle et gracieuse dans ce plan d’eau paradisiaque. Et justement, Nicolas Roeg alterne ces plans suaves avec des plans de boucherie sauvage où l’aborigène tue et découpe des membres de kangourous. On pourrait analyser longuement la signification : qu’est-ce que la beauté, quel est le prix à payer pour pouvoir se baigner dans cet endroit magique, qui s’occupe de la survie pendant qu’elle prend plaisir à s’ébrouer. Il n’y a pas de réponse définitive mais tout cela doit bouillonner chez le spectateur.

A plusieurs reprises, Roeg tente de nous choquer de la même façon, en faisant des rapprochements visuels inattendus : un arbre qui évoque l’aine d’une femme, un même traveling sur un mur de briques qui débouche une fois sur la ville et une fois sur le désert . C’est bien là la force du film : il nous interroge sur ce que l’on pense, ou nous interroge sur ce que pense le réalisateur, ce qu’il a voulu dire.

L’aborigène et la jeune fille ont à peu près le même âge. On devine alors les prémices d’une histoire d’amour même s’ils ne partagent pas la même culture. A partager tant d’intimité et de temps, les deux se rapprochent fatalement. Pourtant, il y a quelque chose qui coince. L’adolescente est issue de la ville et plusieurs fois, on l’entend regretter le confort moderne (une douche chaude, un lit avec des draps propres). A l’écran pourtant, tout semble idéal. Protégés par le savoir-faire du jeune homme, elle et son frère sont à l’abri de la faim et de la soif. Contrairement à la scène où elle nage en tenue d’Eve, il y a bien des plans d’érotisme latent. Mais Roeg suggère que cela vient du désir de l’aborigène. Dans le roman dont s’inspire le film, il n’en est pas question. Au contraire, la jeune fille est toujours sur la défensive et se méfie en permanence du jeune homme, le considérant comme un agresseur alors qu’il ne montre aucune intention de ce genre.

Walkabout est donc « romantique » dans le sens classique et littéraire du terme. L’histoire d’amour prévisible n’en reste qu’au stade des prémisses et la jeune fille persiste dans son regret d’une vie citadine. Il en résulte une puissante et omniprésente mélancolie. Avec son introduction et sa conclusion (« rien ne va plus / les jeux sont faits »), Roeg semble nous dire que rien ne peut modifier un choix de vie, pas même une expérience hors du commun.

La copie proposée sur le blu-ray Second Sight Films propose des couleurs vives, faisant la part belle aux nombreux décors naturels de l’Australie. Le grain d’origine est toujours là et rappelle l’ancienneté du film (50 ans, quand même !).

Les suppléments sont intéressants. L’actrice principale Jenny Agutter revient sur son expérience d’un tournage très spécial. Les endroits choisis étant loin de tout. Cela a donc marqué considérablement sa propre vie. Les autres intervenants disent à peu près la même chose : Si Litvinoff et surtout Luc Roeg, le fils du réalisateur, qui interprète le petit garçon.

Bien que Nicolas Roeg soit britannique, le film est très proche de la catégorie « nouvelle vague australienne ». Les nombreux côtés oniriques, les attitudes parfois détachées des personnages (jamais ils ne paniquent vraiment alors que leur père essaie de les tuer!) font que l’on se rapproche beaucoup d’une atmosphère d’un Pique-nique à Hanging Rock, de Peter Weir, par exemple.

Edité chez Second Sight Films (UK) en blu-ray. Avec sous-titres anglais pour malentendants.

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