Labyrinth, de Jim Henson

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Sarah, une adolescente, doit s’occuper de son petit frère le temps d’une soirée où ses parents sortent. De rage, elle fait le souhait que le bambin soit emmené par le roi des Gobelins. Ce qui finit par arriver. Regrettant aussitôt son geste, elle est projetée dans le labyrinthe, un univers de fantasy, peuplé de créatures bizarres, où elle devra affronter de nombreux dangers.

Avec sa structure de conte de fées, Labyrinthe est un film sombre et inquiétant, anxiogène à bien des égards. Même si Jim Henson est le papa des gentils Muppets, on réservera ce film à un public adolescent ou adulte, tant l’ambiance y est bizarre.

De l’enfant vers l’adulte

A l’évidence, le labyrinthe est la représentation symbolique du chemin qui mène du monde de l’enfance à celui de l’adulte. En résumé : c’est compliqué, la route est longue, le trajet est semé d’impasses et de pièges, on y fait des rencontres plus ou moins chanceuses.

Sarah dispose d’un certain temps pour retrouver son petite frère. Le compte à rebours de l’horloge n’est pas ici un simple mcguffin comme dans n’importe quel film de Christopher Nolan. Il est là pour montrer que le temps qui passe rapproche l’enfant de l’adulte de manière inéluctable. Cela ajoute une pression supplémentaire.

Sarah doit donc combattre sans relâche et ignorer les tentations vers la facilité. On lui propose de nombreuses fois de retourner au début du labyrinthe, soit à l’état d’enfant. A chaque fois, elle hésite, car il faut choisir entre la longue lutte (la maturité) et la retour en arrière (l’enfance).

L’accès à l’âge adulte demande également de se confronter avec la mort. Plusieurs fois, Sarah manque de chuter, ou de se faire poursuivre par une machine infernale dans un tunnel sans issue.

Ce n’est pas juste !

L’enfant et l’adolescent sont tous deux à la recherche de justice et de morale dans le monde. « C’est pas juste » est une expression qui revient souvent dans la bouche de Sarah. Et en effet, elle découvre peu à peu que si le labyrinthe semble avoir des règles du jeu, celles-ci sont perverties ou changées au gré des gens de pouvoir. Alors Sarah utilise cette injustice elle-même. Elle fait du chantage avec l’étrange Hoggle en lui volant ses bijoux. C’est alors à lui de dire « C’est pas juste! ». Plus tard, elle rectifiera son comportement en lui rendant ses possessions. Ce n’est pas parce que le monde est injuste qu’il faut faire de même. La leçon est apprise.

Il y a ainsi plusieurs morales similaires, mises en scène avec brio. Dans l’une d’elles, Sarah se retrouve dans une décharge. Une porte mène à un lieu qui est le simulacre de sa chambre avec tous ses objets enfantins, principalement des peluches. Une petite vieille insiste pour faire l’inventaire de ses objets et lui faire oublier qu’elle cherche son frère. Pour grandir, il faut en effet abandonner les jouets et ses distractions d’enfant. La leçon est apprise.

Ainsi, Labyrinthe fonctionne comme un conte traditionnel, avec une morale à la fin (ne t’aventure pas hors du chemin, ne fais pas confiance à tout le monde).

Jareth, personnage ambigu

Interprété par le mystérieux David Bowie, le personnage de Jareth, chef des goblins et du labyrinthe, est rempli d’ambigüités. Dans le récit, il représente sans doute la sexualité. Une hypothèse est que Jareth est le fantasme masculin de Sarah puisque toute l’histoire semble créée par la jeune fille. Si on prête attention aux détails décoratifs de sa chambre, ceux-ci se retrouvent en effet dans le labyrinthe sous une forme ou une autre, preuve que cet univers enchanté est le fruit de l’imagination de Sarah.

Mais que penser de cette différence d’âge avec Sarah dont il tombe amoureux ? Jareth va utiliser de tous les stratagèmes pour séduire Sarah et l’attirer dans ses filets. Elle va ingérer du poison qui va l’amener à un bal masqué inquiétant. En robe blanche, Sarah doit se frotter à des inconnus masqués, dont on ne connaît pas les motivations. Ce sont des adultes qui apparaissent menaçants. Jareth va menacer Hoggle, qui noue une relation amicale avec Sarah, pour le pousser à la trahison. Si cela dépeint un personnage peu recommandable, il a aussi des aspects séduisants : il est beau et bien habillé, il est puissant, il a des pouvoirs magiques et il fait rouler des boules de verre entre ses doigts de manière sensuelle !

On ne comprend pas bien non plus d’où vient son attirance pour Sarah. Car au début, il fait tout pour la décourager, son but étant de garder l’enfant et de potentiellement le transformer en gobelin. Puis, on découvre qu’il a des sentiments amoureux. Et une fois qu’elle face à lui, il n’essaie plus de la séduire mais continue de la terroriser. Bref, Jareth est une sorte de psychopathe manipulateur et pervers (là, on est loin de Kermit la grenouille).

Le bestiaire en folie

En lieu et place des Muppets, on trouve un bestiaire hétéroclite à l’esthétique effrayante. Les bouches et mâchoires ont été réalisés avec un soin particulier. Même les « gentils » ressemblent à des monstres. On se demande donc à qui accorder sa confiance…

Le scénario a été cosigné par Terry Jones, membre de la joyeuse troupe des Monty Python. On devine sa patte dans les énigmes compliquées, les personnages faits de paradoxe et peut-être même la vulgarité (les marais de la puanteur éternelle et ses pets mouillés). Son goût pour l’humour absurde ajoute de l’absurdité à un monde qui semble fait de règles mais qui est en réalité chaotique.

Le duel final se déroule dans un château dont l’architecte pourrait être MC Escher, avec des escaliers qui s’imbriquent dans une architecture impossible. A l’aide de nombreux trompe l’œil et d’effets de perspective, le film réussit aisément à flouer notre vision de l’espace.

Gros échec lors de sa sortie en salles, le film a fini par devenir culte. Les effets spéciaux ont parfois bien vieilli (aïe le détourage du fond vert), ce qui limite le réalisme et désamorce le côté inquiétant.

Jareth est probablement le personnage le plus incompréhensible du film. D’après Brian Froud (illustrateur ayant participé à la conception visuelle du film) son look a été élaboré dans l’idée d’en faire un fantasme de Sarah. Il compile donc plusieurs éléments : une crinière féline, un pantalon moulant emprunté chez les danseurs de ballet, des trucs et accessoires de magicien. Mais voilà, il n’en reste pas moins que la différence d’âge est énorme et qu’il a parfois des airs un peu chelou. Le miroir de Sarah compte nombre de photos et une statuette de Bowie. On devine donc qu’elle est une groupie d’un chanteur de rock, chose finalement assez commune dans les années 80.

Dénouement féministe ?

S’il y a une leçon de morale dans chaque péripétie, le dénouement s’éloigne du conte de fées. Sarah ne se marie pas avec le Roi et n’aura pas beaucoup d’enfants. Elle prononce une tirade : « Tu n’as pas d’emprise sur moi », ce qui suffit à neutraliser Jareth et à la renvoyer dans le monde réel. On ne comprend pas vraiment d’où sort ce pouvoir. Mais on peut y voir une émancipation féminine avant l’heure. D’autant qu’une écrasante majorité de personnages sont masculins. La leçon serait donc : peu importe les menaces, seule ta volonté compte.

Sarah revient dans le monde enfantin de sa chambre mais elle en ressort plus mature et désormais prête à devenir adulte. Car elle sait qu’elle peut compter sur ses amis imaginaires qui sont tous des représentations de problèmes résolus. Ludo est un grand dadet peureux mais qui a des pouvoirs magiques sur les pierres. Sir Didymus représente la nervosité et l’impulsion. Hoggle représente à la fois la confiance de l’amitié et la trahison. Avec cette aventure fantasmée et cette ode à l’imaginaire, Sarah peut sereinement affronter l’âge adulte.

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