Ben est le meneur d’un petit groupe de jeunes. Ils font des virées nocturnes à moto dans la cité et squatte le troquet du coin. Il vit au jour le jour, va à des concerts de rock. Un jour une altercation avec le patron du bar se solde par la mort du frère de Ben.
Film de banlieue de la fin des années 70, Les loulous est une pure bizarrerie, un mélange entre film d’auteur, documentaire social et film d’exploitation. Et l’on passe d’un genre à l’autre sans prévenir, ce qui le rend ludique et inattendu.
La scène d’introduction donne le ton : dans une épave de voiture sur un terrain vague, deux jeunes hommes font semblant d’être dans une course poursuite. Un groupe arrive et déshabille l’un des jeunes et le traîne dans la boue avant de le rouer de coups. Un mystérieux motard observe la scène.
Avec son atmosphère de violence urbaine et de jeunes gens en perdition dans un monde inhumain, on pense forcément à Orange Mécanique. La mise en scène rappelle la démarche de Kubrick et enchaîne des envolées oniriques, des digressions surréalistes et des cadrages expérimentaux .En alternance avec des scènes du quotidien, Les loulous nous propose des séquences hallucinatoires, accompagnées d’une partition au synthétiseur, annonçant les débuts de la musique électro. Comme Alex le héros du film de Kubrick, Ben va finir en hôpital psychiatrique.
Mais chez Kubrick, Alex est un psychopathe qui utilise le chaos ambiant pour satisfaire ses penchants déviants. Lui et ses drougs ont un goût inné pour l’ultraviolence. Ben quant à lui est plutôt une victime collatérale de son environnement. Tout débute par le saccage de la maison des jeunes mais c’est un autre groupe qui a fait le coup. Ce quiproquo exacerbe les tensions entre les jeunes désœuvrés et les adultes. Suite à la mort du frère de Ben, la justice n’a pas été rendue, cristallisant un peu plus les inimitiés. Les conditions sont ainsi réunies pour faire plonger Ben dans une folle vengeance.
Esthétiquement, le film fait la part belle à l’architecture de l’époque avec les tours de béton et de verre ou les grandes dalles. Les personnages évoluent dans de grands espaces artificiels et vides, inhumains a-t-on envie d’ajouter. Côté mode, c’est perfecto et jeans à pattes d’eph. On fume et on joue au flipper au PMU. Ca sent déjà fort les années 80.
Patrick Cabouat insuffle son propre style et il situe son action dans la cité de la Courneuve. Son film est donc bien plus qu’un ersatz d’Orange Mécanique. Il nous plonge dans un époque trouble, où la jeunesse rêve d’une révolte, surfant sur l’après mai 68. C’est aussi un film précurseur qui reste valable aujourd’hui sur le thème de la déconnexion entre les générations, et des choix politiques qui n’aident pas au rassemblement.
On ne sera pas surpris d’apprendre que c’est le Chat qui Fume qui a exhumé cette étrange pépite du patrimoine français. C’est donc disponible en blu-ray dans une copie fidèle au grain de l’époque. Les bonus comprennent une présentation du film par Jessica Jhean qui permet de le situer dans son contexte. Et figure aussi un long entretien avec Patrick Cabouhat, qui nous a quitté début 2025. Il y évoque l’époque du début des années 70, comment s’est monté le film et sa carrière qu’il a poursuivi chez Arte.


