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A la première vision des Anges Exterminateurs, je me suis dit que j’avais vu là un bon film, beau, intriguant, ne versant pas dans le vulgaire. Mais je n’ai pas pour autant perçu l’exceptionnelle transcendance du sujet.
Puis j’ai participé à la rencontre avec le réalisateur Jean-Claude Brisseau (au vidéo-club Hors-Circuits, Paris XI). Premier constat : nombreuses et unanimes sont les femmes à reconnaître ce film comme le premier à avoir pu cerner le plaisir féminin.
Deuxième constat : d’après les rencontres et les anecdotes qu’a pu récolter Brisseau depuis des années, il s’avère, à mon humble surprise, que beaucoup de gens (de femmes) découvrent à travers ce film qu’il est normal de se masturber ou de penser à des choses “osées” ; et qu’ils/elles ne sont donc pas victimes de ce trouble psychologique qu’ils cachaient depuis si longtemps ! Soulagement ! Ce trouble n’en est finalement pas un !
En tant que lectrice ou lecteur de Cinétrange, vous ne vivrez certainement pas le film de cette façon ! Mais il est important de souligner cette étrange utilité du film.

Pour en venir au film en lui-même, l’intrigue se base sur l’histoire d’un réalisateur cherchant des actrices pour un film sur le plaisir féminin, pour des rôles érotiques donc. Brisseau parvient aisément à réaliser un film avec des femmes presque constamment nues sans tomber dans le travers de la vulgarité. Les actrices, dans leurs rôles d’actrices néophytes, sont convaincantes. Elles jouent très bien ce malaise naturel qui se transforme en aisance au fur et à mesure des expériences.  Les femmes sont belles. Leurs expériences de plaisir sont intrigantes et font quasiment oublier aux hommes de penser à se concentrer sur leurs poitrines.

Mais que nous apprend le film ? Pas tant que ça, après tout. Pourtant il semble que parfois on passe à côté des évidences et qu’il peut être utile de les rappeler. Et la question est plus complexe et subjective qu’il n’y paraît.
Je citerai l’idée que le fait d’être vue ou observée, si on arrive à le surpasser, devient un catalyseur, un excitant. Pas une idée nouvelle donc. Mais bien développée par Brisseau.

A ce sujet, je pense qu’il n’a pas été noté que cette étude du plaisir féminin est aussi une étude du plaisir humain tout simplement.
Brisseau ne s’est intéressé qu’aux femmes, il n’a pas cherché à comprendre ou à comparer le plaisir masculin. Le film se veut bien être une étude du plaisir féminin. Mais par effet de bord, il touche les hommes dans une certaine mesure.

Pour un homme aussi, les expériences exhibitionnistes pourront probablement lui apporter un certain plaisir.
 Les expériences du film seraient bien sûr beaucoup plus difficiles à tenter pour des hommes. Il y a d’abord les raisons culturelles du culte de la virilité : le fait que les femmes nues et les lesbiennes sont bien plus admises que les gays, en particulier dans les films pornos, mais dans la société en général. Idem pour ce qui serait d’affirmer que les hommes peuvent encore apprendre comment prendre du plaisir.
Ensuite, la nature technique du plaisir n’est pas la même chez les hommes non plus et ça y change sans doute beaucoup. Mais il me semble que ce film n’est justement pas d’ordre technique.
Les hommes sont quelque peu écartés de ce film. L’explication est bien sûr que les femmes sont mieux à même de savoir comment donner du plaisir à une autre femme. Mais il ne faudrait pas non plus prendre cela comme l’unique vérité.
D’autant que ce film traite plus de la question d’être à l’aise, de penser à son propre plaisir, d’oublier ce qui se passe autour de soi, que de la recherche d’un point G ou d’un exploit physique.

Les images sont érotiques. Les parties fantastiques qui se collent sur l’intrigue de base apportent une beauté et un mystère, amplifiant l’idée que le plaisir féminin est vraiment mystérieux.
Ce film ressemble incroyablement, dans sa forme, à l’excellent De Bruit Et De Fureur (1986) d’il y a vingt ans (ce dernier traitait d’un tout autre thème, la vie difficile d’un jeune garçon vivant en banlieue, avec une touche de fantastique aussi). Le côté érotique, le plaisir et les expériences féminines ne sont pas sans rappeler, quant à eux, Choses secrètes (2002), du même réalisateur. Brisseau avait donc probablement bien maturé ce film, même s’il indique avoir changé le montage jusqu’après le tournage (allégeant la part du fantastique).

Le fantastique est un artefact qui, à la fois, se glisse allègrement dans l’histoire, et à la fois ne semble pas nécessaire. L’intrigue fantastique et sa construction tragique n’apportent rien directement à la question du plaisir féminin, mais permettent cependant d’insérer des commentaires off (selon les règles de la tragédie) et d’amener la déchéance du réalisateur qui est de plus en plus évidente et inéluctable.
Brisseau savait bien de quoi il parlait, puisque son film s’avère raconter plus ou moins sa propre histoire, a posteriori. Quelques ennuis juridiques et des critiques acérées et polémiques ont été le lot du réalisateur et de son équipe.
La dimension tragique et fantastique servait donc à insérer en filigrane cette critique de la société sur ses positions par rapport au sexe, et au plaisir. Une critique de l’autocensure du cinéma qui déteint sur le public. Car finalement, ce film ne fait que parler d’une chose “banale” : le plaisir (sexuel).

Dvd disponible chez Blaqout


Après une mission longue durée, une équipe d’astronautes menée par le Dr. Ivan Hood, revient sur Terre. Ils découvrent avec surprise que des termites extra-terrestres ont asservi l’humanité. Le Dr. Hood va alors tenter de rejoindre la résistance et d’organiser une contre-attaque…Nanar SF conduit par l’imposante carrure de Bruce Campbell, Alien Apocalypse est un film aux effets cheaps mais rigolos, tout comme les dialogues, tout comme la réalisation, tout comme le scénario. Ne soyez donc pas surpris si quasiment toute l’équipe se fait décimée dans le premier quart d’heure sans raison apparente si ce n’est quelques moments de violence gratuite !

Malgré un amoncellement de clichés, ce Braveheart version termite from outer space se laisser regarder avec un certain plaisir. Certes, le charisme de Campbell y est pour beaucoup et même s’il tourne ici à vitesse réduite, quelques dialogues bien envoyés suffisent. 
Ce n’est pas tout bien entendu et l’on trouve ça et là des moments de grands délires : le héro est un osthéopathe de formation (c’est assez rare pour le souligner), les termites aiment le bois (ça on s’en doutait) mais les créatures en synthèse rafistolée sont aussi friandes de doigts ou de têtes humaines qu’elles gobent volontiers.  
Avec un foret à bois, le docteur doit lever une armée, qu’il compose avec des hurlu-berlus trouvés dans la forêt : un type à la colonne vertébrale tordue, une jeune naïve en jupette préhistorique, et un président déchu en exil dans la montagne avec ses potes politiciens.

Le film se termine par un attendu massacre où le vert gluant qui gicle tient une place prépondérante !

Le dvd contient deux courts-métrages très curieux. Le premier, Oedipus Rex, a été tourné en 1972 sans aucun moyen par des enfants de 15 ans dont Bruce Campbell ! Il s’agit d’une scène inspirée d’oedipe, jouée par des gosses qui n’arrêtent pas de rire. Le film est muet mais les explications sont écrite sur le tableau de classe  !
Le deuxième intitulé, the blind waiter, est un peu plus sérieux même si toujours anecdotique. Plus sérieux au niveau du tournage car l’on imagine sans peine les nombreuses péripéties qui peuvent arriver à un serveur aveugle. Le plus intéressant est certainement le fait que c’est l’équipe d’Evil Dead (Sam Raimi, Bruce Campbell, Scott Spiegel) qui écrit, réalisé et interprète ce court-métrage.

 

Editeur : Free Dolphin


Nouvel animé à la mode, Ergo Proxy séduit par son univers visuel très riche et son image peaufinée. Le design semble en effet le premier souci des auteurs de cette série, qui évitent les couleurs criardes habituelles de l’animé pour ados, et se dirigent vers des teintes grisâtres en adéquation avec l’histoire. L’animation est elle aussi très soignée et la qualité n’a rien à envier à un “vrai” film.

Mais tout ce déballage de technique pour quoi faire ? Ergo Proxy s’inscrit en fait dans la lignée d’animé SF comme Lain ou Ghost in the shell. Nous retrouvons des obsessions typiquement nippones : ainsi les Autoreivs sont une sorte de cyborgs. Infectés par un virus, ils semblent développer une “âme”. La série pioche également dans les thèmes classiques de l’anticipation. Une vie futuriste se déroule sous un dôme protecteur (la cité de Romdo) ultra-contrôlé par un “big brother” tout puissant. 

Romdo est donc un milieu urbain confiné. Le système en place est bien huilé et tout y est prédéterminé afin que la race humaine puisse subsister et prospérer sans aucune violence. Tout se passerait pour le mieux s’il n’y avait pas des meurtres étranges. Les autoreivs (un équivalent de cyborg) semblent touchés par un virus qui les rend incontrôlables.
Une inspectrice nommée Re-l (au look gothique) commence son enquête pour le compte de la “sécurité”. Elle est alors attaquée par un “proxy”, un horrible monstre apparemment invincible. Pourtant il ne la tue pas. Quel est son but ? D’où vient-il ? C’est ce que va chercher à savoir Re-l. Son investigation va la mener en dehors du dôme, où des rebelles tentent de survivre dans la misère.

Ergo proxy est difficile d’accès au premier abord. Nous sommes projetés dans l’intrigue sans présentation des règles qui régissent la cité et les personnages se développent au fur et à mesure. Nous ne sommes pas pris par la main et c’est à nos méninges de comprendre - progressivement - comment tout cet univers fonctionne et ce qui peut bien s’y passer.
En acceptant cela, on découvre alors un univers effrayant et complexe. L’intérieur du dôme est contrôlé au maximum, tandis que l’extérieur ressemble à une décharge grisâtre où survivant quelques sdf (les exclus du dôme). Mais le monde s’étend bien au-delà de ces deux endroits… I

Malgré un scénario qui use des éléments habituels de SF, Ergo Proxy séduit par son ambiance pessimiste. Ce n’est pas un festival de scènes d’action spectaculaires mais plutôt un voyage à l’atmosphère pesante, qui prend différents chemins et tente de répondre à des questions métaphysiques. Bien sûr, quand l’histoire le nécessite, il y a du gunfight et quelques moments un peu gores ! 

Si le premier volume expose la cité de Romdo et ses environs proches, la deuxième salve d’épisodes s’attache à suivre Vincent Law, ennemi de Romdo et d’un proxy,  vers sa cité natale et vers l’origine mystérieuse du Proxy. L’intrigue avance rapidement mais plus on progresse, plus nombreuses sont les questions.

DVD disponibles chez Dybex.


Mine de rien, 1988 fut une année universelle pour le gore. Sous toutes les latitudes, jugez donc : Baby Blood (France), Démons 2 (Italie), Street Trash (US), Body Melt (Australie), Bad Taste (Nouvelle-Zélande). Et la vague atteignit même la Belgique avec Rabid Grannies. Autant l’avouer direct, Les mémés méga enragées aura eu de mauvaises notes en classe. Il est accessoirement crétin sur les bords, peu recommandable certes, mais un brin jubilatoire. Cela tient beaucoup à son histoire grandement loufoque.
 
Les Remington, famille d’aristos arrivistes, tous plus veules et méprisables les uns que les autres vont fêter en grande pompe pour la vingtième année consécutive l’anniversaire de leurs aînées, Elizabeth et Victoria (Vive la Reine !). Ils s’avère que les “fieffés fielleux félons” (prononcez le vite, vous verrez, ce n’est pas facile) n’attendent qu’une chose, toucher le somptueux héritage à la clé. Les rats sont fiévreux du délicieux moment où les grandes tantes claqueront leur pile, ce qui ne saurait tarder vu leur âge vénérable de quatre-vingt douze ans. Les invités incarnent un aréopage de ce qu’il y a de plus basse-fosse dans le genre humain, rivalisent de minauderies mielleuses à l’égard des grands-mères et de sarcasmes assassins sur les rivaux. Les intrigues outrancières font rage devant les vieilles filles naïves, à cheval sur les principes, mais surtout gravement déconnectées de la réalité.
 
Cependant les mamies reçoivent un cadeau de la brebis galeuse de la famille, excommunié en quelque sorte, puisque grand prêtre d’une secte sataniste. Une jolie boîte qui transformera les tatas gâteaux en démons. Inutile de dire que tout ceci n’est pas sérieux, et ce qui tombe à pic, c’est qu’à force de voir du Bis, on n’est plus trop sérieux soi-même. C’est donc avec un contentement irrésistible que l’on voit la cour des “fff” se faire éparpiller au quatre coins du manoir des vieilles de l’Enfer.

 
Ho, souvenirs ! Souvenir des SFX décapants des frères Fernandez s’étalant sur Mad Movies, pages qui m’ont fait chercher cette perlouze durant un bail. Soyons réalistes, c’est surtout grâce à eux que le film d’Emmanuel Kervyn, petit prince de l’âge révolu du kick-boxing, tient encore un peu la rampe. Et ce fut une prouesse d’en aligner autant vu le budget de 150.000 dollars.
Ce qui lui a barré la route de la notoriété, comparé à d’autres bas budgets frondeurs, tient à sa tendance trouble à frayer avec le nanar et le navet. Principalement à cause de “gens qui se tiennent devant la caméra”, le mot acteurs semblant inapproprié. Dans une grande émulation collégiale, ils concourent entre - au choix - le jeu faux, le sur-jeu et le jeu atone. Rajoutons des invraisemblances larges comme le manoir, une réalisation télévisuelle, un score affreux et une affiche immonde. Mais si ça ne vous suffit pas, la copie du DVD Troma est de plus hideuse (quoique ça fait roots), avec un son écrasé, et gâteau sur la cerise, “cutée”. Ce qui saute aux yeux. Si Troma se met à censurer maintenant, où va le monde ?
Notons un humour tout de même assez volontaire. Je ne résiste pas à vous citer la tirade de la chef cuisinière qui découvre ses deux patronnes démonisées après le repas : “Ho, Mon Dieu, le homard n’était pas frais !”
 
Rabid Grannies - Aka Les Mémés Cannibales (!) - (1988) d’Emmanuel Kervyn (BG) - Avec : Catherine Aymerie - Caroline Braeckman - Danielle Daven - Anne Marie Fox - Jack Mayar - Richard Cotica - Patricia Davia - Elliot Lison, Florine EslandeN.B : Pour illustration, le Big Boss himself & Tromette (Pour raison d’affichette qui pique les yeux et de mauvais matériel pour les captures d’écrans).        

 


Question pour un champion Cinétrange. Top départ… Je suis un film d’épouvante spéléologique. Je date de 2005. Je suis… Je suis… Hé non, Jeannette, bien essayé mais ce n’est pas The Descent. Il y a de fortes présomptions que vous répondriez tous de même, et de fait, sortit au coude à coude avec le film de Neil Marshall, La Crypte s’est complètement perdue dans ses galeries souterraines.

Dans la chaîne des Carpates, une petite bande de pilleurs se retrouve ensevelie sous une église du treizième siècle aux fresques et mosaïques assez sinistres. Trente ans après l’éboulement, une équipe de plongeurs spéléologues professionnels avec matos de pointe est dépêchée sur ce lieu pour explorer une caverne immense. L’église était une porte d’entrée sur une “Salle des Titans”, point de départ d’un réseau qui s’étend sur des kilomètres de galeries noyées. Le premier éclaireur jette une tête de pont, mais la communication avec celui-ci étant rompue, la fine équipe se rend à sa recherche. Elle se retrouve bloquée à un kilomètre six sous la surface, la galerie d’entrée bouchée. Dans les siphons, une chaîne alimentaire en vase clos s’est développée. Comme c’est un jour sans, au-dessus de la chaîne dominent des gargouilles qui chassent par écholocation comme les chauves-souris. Toutefois elles sont vachement plus balaises que les pipistrelles ! Ce sont des bestiaux hauts de trois mètres avec un air très Pitch Black. D’ailleurs, Cole Hauser est de la partie (le chasseur de primes toxico sans foi ni loi dans l’épatant actioner S-F d’épouvante de David Twohy). Plongée dans un environnement hautement hostile.

Il serait vain de comparer les deux métrages. N’y cherchez pas la grande trouille, La Crypte (The Cave) jouant plus la carte de l’action et l’atmosphère. Loin d’être aussi éprouvant que le cri primal de Marshall, la série B du jour est le film moyen en tout dans ses grandes largeurs. Bruce Hunt s’est contenté du Manuel illustré du Classicisme dans le Monster-Movie et n’a pas cherché plus loin. De plus, ça vise clairement l’interdiction aux moins de douze ans : Zéro gore. Ils ont sucré “à la frappe” tous les éléments chocs prévus. Les pipistrelles géantes ont un bon petit design caractéristique de Patrick Tatopoulos avec une bonne tête d’Aliens, toutes dents en avant, encore faut-il les distinguer dans toute cette obscurité. Le scénario fut écrit entre 1994 et 1995, il aura donc fallu dix ans pour le concrétiser. Il offre ses quelques surprises gentillettes et un brin de suspense (la scène de l’escalade). Il serait cependant trop commun si ce n’était une idée originale basée sur l’infection parasitaire, plutôt survolée sauf pour une conclusion surprenante. Très bon point, les acteurs se sont physiquement dépensés et dépassés pour représenter l’univers peu connu de la “spéléo-plongée”, un métier à haut risque. C’est peu de le dire, la mortalité étant très élevée. La Crypte rend hommage à ces aventuriers.
 
La Crypte (The Cave) de Bruce Hunt avec Cole Hauser - Morris Chestnut - Eddie Cibrian - Rick Ravanello - Marcel Lures -  Lena Headey - Piper Perabo - Kieran Darcy-Smith


Il est des titres qui transpirent le B par chaque coin des photogrammes de la pellicule. Warning, ou le bis à l’état pur, les yeux tournés sur le succès de l’année d’avant (Alien, donc) et la main sur un scénario qui semble exhumé de chez Corman période AIP (quatre scénaristes dessus quand même !). Vous savez, les storylines écrites dans un restaurant italien sur un coin de nappe après une carafe de chianti. Des noms ? Not of this Earth (1956), tout ça… Mais ça fonctionnait, ce qui était bien là l’essentiel.
 
Les fifties remises au goût du jour par des effets caoutchouteux eighties. Deux lignes de synopsis à tout rompre gonflées en une heure et demie avec un budget de poche et tournage dans les forêts. Un casting de tronches en biais et de pas nets réunis sur l’affiche : Martin Landau, Jack Palance, Neville Brand, Cameron Mitchell, Larry Storch ! Manquait juste, je sais pas moi, Donald Pleasence et Richard Lynch et c’était le tiercé gagnant. Regardez là, au fond de la distribution, David - CSI Miami – Caruso, tout jeunot. Sortie en France en VHS par Hollywood Video (difficile de trouver plus ciné de genre comme distributeur vidéo des 80’s) avec une VF poilante. Bis jusqu’au bout !
 
Greydon Clark, l’iroquois libre dans sa tête de Satan’s Sadists, n’hésite pas à filmer son sujet avec aplomb comme s’il emballait le double programme d’Invaders from Mars (1953). Dans la campagne profonde d’outre-atlantique des adeptes du plombage de daims se font dégommer par un alien très stoïque, à la tête ovoïde, haut de plus de deux mètres. Il n’habite pas dans sa soucoupe volante, vous savez combien ça coûte cher les décors et maquettes, mais dans une cabane (au fond du jardin). De temps à autre, il croise des hommes des bois et hop, il leur jette des shuriken-sangsues, que l’on a tous appelé les “frisbees” depuis. Des petites pieuvres volantes qui se cramponnent sur les ruraux avec leurs appendices et leur suce le sang.
 
Notre étranger n’aime ni les chefs scouts, ni les jeunes, ni les chasseurs. Il ne mange pourtant pas de shérif à Stetson en Oldsmobile, c’est pourtant la tradition qui veut ça. D’ailleurs, les autorités sont inexistantes. Pas d’intervention de la Garde Nationale ni de l’US Army qui font haro contre l’envahisseur pour le grand final. Seuls deux teenagers rescapés, un vétéran de la chasse (Palance) et un ancien combattant disjoncté (Landau en plein cabotinage) vont essayer de le désintégrer pour de bon. S’il peut saigner, on peut le tuer, non ?
 
Kevin Peter Hall, « l’homme dans le costume »  échappé de Prophecy, s’entraînait à jouer les chasseurs from outer space, une petite récréation cinq avant de porter le costume de Stan Winston pour Predator. Greg Cannom (plus d’une centaine de films au compteur et deux Oscars sur la cheminée) tournait la cuillère dans le pot de latex liquide pour quelques maquillages de la vieille école limités mais débrouillards. Les succions des vampires de poche font toujours leur petit effet, surlignées par ce que j’appellerais : les “bruitages à la skrouch-skratch”. Enfin, je le fais mal mais vous saisissez. Dean Cundey, le directeur photo du Carpenter des meilleures années n’est pas dans une forme olympique mais les scènes nocturnes ont leur cachet.
 
Même avec la patine du temps, l’ensemble a pris un sérieux coup derrière les oreilles Au lieu de vouloir faire un remake de The Thing, hérétiques, faîtes donc celui-là, ce serait la fête aux Bisseux ! A part ça, quand est-ce que « le braconnier de l’espace avec ses frisbees de la mort » vient nous envahir en DVD Zone 2 ?


Un désaxé commet trois meurtres à Londres tous très “exotiques” et inspirés par le célèbre Musée des Horreurs de Scotland Yard. Une jeune femme reçoit des jumelles par la poste d’un présumé admirateur. Mauvaise pioche, les jumelles sont un piège mortel qui fait surgir des pointes d’acier quand on les manipule. Le journaliste et criminologiste Edmond Bancroft (Michael Gough) extrêmement passionné par cette histoire, et par le crime en général, enquête sur l’affaire. Cela se rapproche de lui quand son ancienne amante se fait décapiter de manière très “gothique” avec une guillotine portable par un inconnu au visage monstrueux. Elle avait osé danser toute seule sur du mambo dans des bars d’hommes, aussi… Bouh… Bancroft conspue la police incapable. Son docteur et Agathe l’antiquaire qui le pourvoit en articles pour son musée des horreurs personnel, commencent à le soupçonner d’avoir partie liée à cette vague de terreur.
 
Quel charme suranné, il n’en fallait pas des masses pour émoustiller ou faire frémir son public. Le savoureux Gough n’arrête pas, c’est un plaisir. Il faut voir le chantage de mille deux cent livres par l’antiquaire où il négocie en jaugeant des menaçantes pinces d’acier comme si de rien n’était. Un Oscar Wilde à la patte folle, fumeur de cigare invétéré, aux grandes phrases aigres ou sirupeuses. Un petit brin de Jekyll & Hyde, un musée laboratoire incongru, et hop, tournez carrousel. C’est définitif,  Crime est moins classe qu’un Terence Fisher, et tient plus de la fête foraine. Lieu où il se conclut par logique.
 
Dès la première scène le ton est donné, les jumelles sont devenues le symbole emblématique du film. Il faut se remettre dans le contexte, Crime annonçait la vague choquante des années soixante plus prodigue en femmes dévêtues et violence carmin qui allait conduire à l’explosion gore. Blood Feast, cinq ans plus tard, ne sera pas une génération spontanée. Tournant marqué chez les Britanniques par Jack the Ripper (1959) et le terrible Le Cirque des Horreurs avec Anton Drifting (1960). Il est donc rentre-dedans suivant les standards de 1959, les gouttes rouges “Estmancolor” sont rares mais ressortent bien, l’érotisme est d’époque aussi, si vous aimez les petites gaines. Nous parlons d’une ère où une jeune fille libérée qui danse langoureusement crée le scandale (Et Dieu créa la femme est plagié) et depuis peu, en 1955, avec le générique du Cauchemar de Dracula de la Hammer, les spectateurs incrédules voyaient du sang technicolor couler sur la toile. Choc dont on imagine mal l’impact aujourd’hui. En attendant, ce Grand Guignol effara la censure anglaise, qui en verra bien d’autres vingt ans plus tard avec les “Videos Nasty”. Elle lui collera de facto l’apostille : “Pour sadique seulement” !!
 
Derrière le spectacle, le producteur (et co-scénariste ici) Herman Cohen, très prolixe dans les fifties et cela même en pitreries : Konga, How to make a Monster, Blood of Dracula et aussi des bien connus (au moins au niveau des titres) I was a Teenage Frankenstein et I was a Teenage Werewolf.
Un titre édité avec esprit d’à-propos dans la collection “Cinéma de Quartier” qu’on ne présente plus.
Pour la petite histoire, les dites jumelles auraient réellement existées - et c’est peut être ça qui fait le plus peur.
 
Horrors of the Black Museum (1959) de Arthur Crabtree (GB) – Avec : Michael Gough – June Cunningham – Graham Curnow – Shirley Ann Field – Geoffrey Keen – John Warwick – Gerald Anderson