![]() OSSESSIONE | ||
|   | ||
![]() TRIPPER | ||
|   | ||
![]() AACHI & SSIPAK | ||
|   | ||
![]() END OF THE LINE | ||
|   | ||
![]() LE VENTRE DE L'ARCHITECTE | ||
|   | ||
![]() BLACK CHRISTMAS | ||
|   | ||
![]() MAD DETECTIVE | ||
|   | ||
![]() REDUCTEUR DE TETES | ||
|   | ||
![]() DEMENTIA | ||
|   | ||
![]() MOTHER OF TEARS | ||
|   | ||
Plongez corps et âmes, chers adeptes de curiosités insondables dans l’univers très très spécial de monsieur Ed Wood, considéré abusivement comme le plus mauvais cinéaste de l’histoire du cinéma. A mon humble avis, Bruno Mattei, l’immortel créateur de Virus cannibale et des Rats de Manhattan le surpasse haut la main dans la conception théorique du « non-film ». Cette réputation attribuée souvent par des gens qui ne connaissent rien au Z et n’en n’ont pratiquement jamais vu, a quelque chose d’agaçant et d’insultant pour l’auteur de Plan 9 out of space. En fait si Tim Burton n’avait pas réalisé son (magnifique par ailleurs) bio-pic sur cet artiste un peu à côté de la plaque, personne n’en aurait jamais entendu parlé, et aurait sombré dans les oubliettes au côté d’autres spécialistes du nanar des années 50 tels que Edward Cahn, Tom Graeff ou Joseph Green (auteur du très fun « Cerveau qui ne voulait pas mourir »). Au sens noble du terme, Ed Wood n’est pas vraiment un bon cinéaste. Ses films fauchés, conçus avec deux bouts de péloches, des comédiens qui n’en sont pas, des stock-shots ahurissants et souvent des effets spéciaux plus que rudimentaires (une peluche en guise de monstre marin, des assiettes pour simuler des vaisseaux spatiaux). Mais il se dégage de ses films un charme certain lié pour beaucoup à la sincérité et à la fougue quasi inconsciente d’un auteur célèbre malgré lui. Pour s’en convaincre, jetez un coup d’œil sur Glen or Glenda, son premier long métrage mais aussi son film le plus personnel et hors-norme. Quasi autobiographique, cette réflexion hallucinante sur le statut de travesti au cœur de l’Amérique ultra puritaine des années 50 narre le parcours existentiel d’un pauvre type torturé intérieurement par ce qu’il aime s’habiller en femme. Ce personnage à la fois improbable et réaliste est interprété par Ed Wood en personne, qui semble s’être beaucoup investi pour le rôle en dépit de ses talents de comédien très limités. Dans la vie, Ed Wood était un grand consommateur de pull angora !!! Il faut le voir déguisé en femme, l’air gêné, s’arrêtant devant les vitrines de boutiques féminines pour mesurer l’étendue de ce projet atypique et absurde. Ou encore, cette séquence d’émotion dans laquelle notre pauvre travesti avoue son «vice» (sic !!!) à sa future et très compréhensive épouse. Evidemment, Glen or glenda est un truc informe, réalisé en dépit de tout bon sens : succession de stock-shots hors-sujets et repris plusieurs fois pour illustrer deux choses très différentes (les archives d’une école primaire pour expliquer l’enfance du héros et le mal être de la société actuelle), intervention burlesque d’un psy pour accentuer la touche documentaire et, surtout, voix off permanente commentant toutes les scènes sur un ton très sentencieux par un Bela Lugosi à côté de ses pompes. Bref, une oeuvre définitivement inclassable que l’on peut considérer comme l’un des premiers films « art et essai » Z de l’histoire du septième art. A sa manière, Glen or Glenda est un vrai trip expérimental.
Le film est issu du superbe Coffret édité par Weird Side Street regroupant 5 des plus illustres film de ce cher Ed.
(USA-1953) d’Ed Wood avec Edward D. Wood Jr, Bela Lugosi, Lyle Talbot, Timothy Farrell
Fin XVIe siècle. Le destin misérable de deux hommes pendant une guerre interne, qui par une ambition démesurée vont se heurter au monde dans leur pitoyable aventure. Genjiro, potier, et Tobei, qui rêve d’être samouraï, vont quitter leur femme respective. Leurs désirs vont devenir une réalité avant d’être rattrapé par la cruauté de la vie, qui se chargera d’enterrer les illusions.
Adapté de deux nouvelles du recueil « Les contes de lune vague après la pluie » d’après Akinari Veda, le film éponyme de Mizoguchi demeure le plus célèbre de son auteur. En 1953, il obtint, à juste titre, le lion d’argent à Venise. Cette œuvre admirable peut se lire comme une fable initiatique où l’auteur entend brasser les thèmes les plus riches et variés (et pas spécifiquement lié à la culture japonaise) : la quête du pouvoir, la réussite sociale comme illusion du bonheur, la famille en tant que régulateur social, la brutalité de l’homme face à la femme soumise (soit épouse, soit pute), l’esthétique en opposition à la vérité etc. Une sorte de folie et de frénésie semble habiter ces « Contes de la lune… » qui passent habilement du réalisme le plus cru (description nue de l’horreur de la guerre) à la parabole fantastique (extraordinaire traversée en barque, tournée en studio, est un exemple de passage vers le surnaturel qui n’est pas sans rappeler l’ambiance de « La nuit du chasseur »). Œuvre somme, d’une sagesse et d’une force rare,
« Les contes de la lune… » est le récit sublimé et tragique du pauvre cœur des hommes, pris dans la tourmente de leur propre folie et de celle qui les entoure. La fin tente une impossible réconciliation de ses personnages avec un monde de valeurs simples mais essentielles et concrètes (importance du lieu : la terre, la maison). La mise en scène, ample et précise, compte l’un des beaux plan-séquence jamais tourné qui joue le rôle également d’effet de montage (le passage du bain vers le pique-nique).
La copie DVD est en assez mauvaise état. Aucune restauration n’a eu lieu, ce qui fait office de mini-scandale vu l’importance du film. Par contre, les amateurs d’analyses pointues se jetteront sur le documentaire (37mn) « L’art de Kenji Mizogushi de Jean Douchet » qui passe au crible de la décortication quelques séquences majeures du film.
Edité par Opening (Les films de ma vie)
(JAP-1953) de Kenji Mizoguchi avec Machiko Kyo, Kiruyo Tanaka, Mitsuko Mito, Masayuri MoriMori
![]()
L’argument : l’espace de deux heures, un matin de printemps, des morts de ces dix dernières années reviennent à la vie. Ils sont soixante-dix millions, nous dit-on à un moment. Ils sont tout habillés, tout frais, à peine légèrement ensomeillés. Ils poussent la grille du cimetière et partent pour une virée en ville, comme des grands bancs de poissons blancs (l’affiche, graphiquement très chouette). Dans une ville de province abstraite, nous suivons les étapes de leur retour. La croix rouge les prends en charge un premier temps, puis on renvoie les morts dans leurs familles.
L’idée de faire un film de zombie à la française (Romero meets Rohmer - ho ho ho), avec dialogues brechtiens, acteurs plus ou moins décalé et pouls ralenti me paraissait plutôt marrante. Sans compter que traiter sérieusement un pitch aussi absurde promettait de franches tranches de rire grinçant ou d’horreur glaçante. Ca c’est pour le fantasme. La réalité est vachement plus terne.
Le synopsis vous ment : la promesse de faire un film sur la mort, sur les morts et les vivants, etc., n’est jamais tenue. Le réalisateur l’avoue dans une note d’intention, présente au making of, mais pas du tout transparente dans le film : tout ça n’est qu’une métaphore du deuil. Le spectateur lui en sait gré, qui doit se taper une heure d’action empâtée avant de saisir les points communs de toutes les familles accueillant un revenu : elles n’avaient pas fait le deuil de leur proche. Leur place les attendait, encore chaude, dans les foyers et dans les coeurs. Personne ne les avait oublié, personne n’était prêt à les laisser partir. Et ce retour leur permet d’essayer de reprendre une vie normale.
Le parti pris est un chouia malhonnête et justifie mal, il me semble, une telle grandiloquence dans la mise en scène. Ca revient à poser comme cas général un cas particulier. Ca expurge de la mort d’à peu près tout ce qu’elle a de vital. Ca met la problématique entre parenthèse. Une fois l’action lancée, plein de questions assaillent le spectateur, auquel l’avalanche de détails techniques, froids et scientifiques, ne vient jamais répondre. Pourquoi personne n’est-il en colère contre les morts ? Pourquoi personne n’en a-t-il peur ? Pourquoi ont-ils une apparence aussi lisse ? Pourquoi personne ne cherche-t-il à les tuer à nouveau ? Rapidement, les vivants paraissent aussi lobotomisés, aussi endormis que leurs petits camarades revenus.
Tout le film, en fait, est en état de deuil. Le monde entier est défoncé aux antidépresseurs. Si quelque chose bouillonne encore au fond de la cuve, rien ne parvient plus à la surface. “J’étais fatigué, c’est tout” : voilà le sésame que finit par balbutier le zombie-héros, cette vérité brûlante qu’il cachait au fond de lui. Un peu plus tôt, un médecin supercompréhensif affirme d’une voix monocorde “Vous ressentez de la colère, de la tristesse, de l’espoir, de la culpabilité” à la vivante-héroïne qui le regarde de ses grands yeux éteints. S’il le dit, on doit le croire. Moi j’ai rien vu de tout ça.
Le reste est pareillement clinique. Les trois revenus que l’on suit offrent trois figures du traitement du deuil : celui qui ne se fait pas (mourir pour retrouver l’être aimé), celui qui détruit les liens (rapports au mort trop asymétiques), celui qui finit par se faire. C’est le dernier, c’est le plus beau. Une fois celui-ci effectué, les soixante-dix millions de morts et les milliers de figurants peuvent retourner à leur caveau et disparaître.
On peut penser ce qu’on veut de La Chambre du fils de Moretti, mais sur ce même thème, le traitement frontal me paraît vachement plus sain. Déjà on ne roule pas le spectateur en déguisant son propos, en lui promettant un bout de science-fiction dérangeante qui ne vient jamais (à un moment il y a des militaires et des explosions, on y croit presque, puis non). Et puis on parle vraiment de ce dont on parle, ce qui n’est pas plus mal. Le cinéma-métaphore, ça va bien trente secondes.
Toutes choses étant égales par ailleurs, et nonobstant la conjoncture, on peut quand même se réjouir sur deux lignes qu’un film aussi bizarre se soit fait, et admirer le boulot de mise en scène, vraiment chouette dans le genre frigoriphique. On suivra le boulot de Robin Campillo, maintenant qu’il a fait le deuil de faire un film sur le deuil (à moins qu’il nous fasse un Les Revenants 2… run for your life !).
DVD zone 2, j’arrive pas à trouver le nom de l’éditeur. Le film date de 2004. Géraldine Paulhas, Jonathan Zaccaï et Frédéric Pierrot jouent dedans. Son 5.1 ou stéréo français, pas de sous-titres. Une bande-annonce, un making of.
Fort bavarde (pour le coup) interview du réalisateur ici. Qui est super bon au namedrop. On devrait l’inviter.
Campillo est d’ordinaire le monteur et scénariste de Laurent Cantet, qui a fait L’Emploi du temps (version light du fait divers de L’Adversaire, qui est carrément mieux sur le même récit) et Ressources humaines (récit politique assez désespérant sur le monde du travail).
Tout part en vrille autour d’un cocktail de crevettes… Aujourd’hui, Mark Walzer épouse Sophie Halberstadt. C’est une noce huppée et intime : une douzaine de convives. Vin d’honneur, puis repas dans une belle auberge campagnarde (où les portables ne captent pas). Le père du marié, un homme d’affaire audacieux (ou un dangereux psychopathe, c’est selon) a des vues sur cette propriété, qu’il a déjà tenté d’acheter en vain. Voilà qu’en ce jour de joie, le patron ose refuser la dernière offre qui lui est faite. Alors le vieux argue d’un problème avec les fraîcheur des fruits de mer. Et le ton monte. Et l’on se fâche. Et tout bascule.
Très minutieusement scénarisé, Die Bluthochzeit est une chouette comédie en quasi huis-clos, où tout ne fait qu’aller de mal en pis. D’abord simple brouille d’honneur entachée de menaces, la rixe finit par générer, petit à petit et presque mécaniquement, en un catalogue assez exhaustif de délits puis de crimes. Cette progression constante vers le n’importe quoi est la grande réussite du film, qui réveille dans le spectateur des joies de petit garçon écrasant des pâtés de sable. Par moments il peut même être se sentir vaguement inquiet, sur le mode “non mais quand même, ils vont pas aller jusqu’à…” Alors que si. Hourrah.
Le film compte une vingtaine de personnages, tous solidement campés, tous crédibles, avec des vues variées et dont les relations sont mises à mal par le conflit. On a ainsi droit à de bonnes doses de psychodrame, un peu à la Festen (en plus light, en plus burlesque), faisant grincer pour notre plaisir sadique les mécaniques des familles et des couples. L’action ne cesse de rebondir de droite et de gauche, l’unité de temps et de lieu faisant le ménage et empêchant de trop se perdre. Le tout mené tambour battant jusqu’au final (sanglant comme il faut) en 1h30 de violence bien tassée.
Le DVD, édité par TLA Releasing, est en allemand avec des sous-titres anglais surimprimés. Ce que laisse à penser qu’il n’est pas des plus aisé à dégotter par chez nous. Mais si vous tombez dessus - ou si vous êtes fans de mariages qui dégénèrent - ça vaut le coup de lui consacrer un bout de soirée. C’est drôle et méchant, et même pas si bête en fin de compte.
Die Bluthochzeit est un film de Dominique Derrudere, daté de 2005. Les Américains l’ont racheté pour en faire un hilarant remake (avec plus de sang, moins d’alcool et un générique en nu metal). Armin Rohde campe le père de famille tyrannique, Uwe Ochsenknecht joue le patron de restaurant dépassé par les évènements : le salopard et le gentil brutal, empêtrés dans un concours de bite géant, avec figurants et balles perdues.