Le bon, la brute et le cinglé, en dvd et blu-ray


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Dans la Mandchourie des années 30, Tae-Goo (le cinglé) dérobe à un japonais une mystérieuse carte qui pourrait bien indiquer l’emplacement d’un trésor. S’il parvient à s’emparer de la carte à grands coups de flingues, le train dans lequel il se trouve est stoppé net par des bandits. Chang Yi, la brute, criminel impitoyable, tente d’arrêter le cinglé sans succès. Ce dernier s’enfuit, mais il est poursuivi par « le bon » Do-Won, un chasseur de primes, traquant les hors-la-loi dont la tête est mise à prix par les autorités.

Grâce à un scénario particulièrement délirant, Kim Jee-Woon ne fait rien moins que ressusciter le western spaghetti, rendu célèbre en nos contrées par Sergio Leone et Clint Eastwood. Le titre est bien sûr un hommage à Le bon, la brute et le truand. Le casting coréen est un excellent écho au trio Clint Eastwood, Eli Wallach et Lee Van Cleef. Il s’agit de Lee Byung-Hun, sorte de tueur-dandy qui fait très attention à son look : la mèche devant l’oeil et une bonne couche de mascara pour lui donner un « regard » profond. Dans le rôle du cinglé, il était évident d’employer Song Kang-Ho (The Host, Memories of Murder), acteur qui parvient à mêler une stupidité extrême à la Benny Hill avec de l’émotion et du sérieux quand le besoin s’en fait sentir. Woo Sung Jung est le plus discret (normal, c’est le bon), celui qui s’inspire le plus du cow-boy traditionnel. Et tout le déroulement du film consiste à savoir qui va être le plus malin, le plus rapide. Et aussi, qui bluffe ?

Excepté quelques temps morts (juste de quoi respirer un peu), le film enchaîne les scènes d’action dans une totale allégresse. Alors que pour nous étonner, Hollywood en fait toujours plus (plus d’effets spéciaux,  plus de matériel militaire), le réalisateur coréen choisit de réinventer la scène d’action à l’ancienne. Cette originalité se constate dans la construction de ses scènes. Au lieu d’abuser d’un montage rapide et de plans courts, Kim Jee-Woon nous offre des plans-séquences. Ils ne sont pas exceptionnellement longs mais là où un autre réalisateur aurait coupé, lui nous montre l’action en continu. Ces choix de mise en scène sont audacieux et permettent au spectateur de prendre véritablement part au déroulement des événements. Ainsi, par une fenêtre, on observe de l’autre côté de la rue des brigands lancer un crochet sur le toit  d’une maison, où nous nous trouvons avec le cinglé. Puis dans le même plan, nous voyons ceux-ci sauter grâce à la corde tendue puis défoncer la fenêtre et pénétrer dans l’habitat. Visuellement, l’effet est saisissant et réellement effrayant.

Et question « action », on en a pour son argent. Les gunfights ne cessent pas et il y a toujours un petit plus qui donne au film son cachet unique. On citera l’exemple du cinglé qui revêt un casque de scaphandre pour se protéger des balles (clin d’œil malin au gilet pare-balle de Pour une poignée de dollars ?). Il y a aussi ce gunfight aérien qui se déroule sur les toits où les combattants se servent de cordes et de poulies pour se propulser dans les airs. Le ballet est étonnant, d’autant plus que la caméra semble aussi s’envoler au bout d’une corde par moments ! Le film trouve son « climax » lors d’une poursuite dans le désert, où tous les intervenants sont convoqués : des japonais avec des canons et des mitrailleuses, des chinois à cheval, notre cinglé en side-car, des types à moto. Ce joyeux foutoir reste pourtant lisible, et surtout audible grâce au morceau « don’t let me be misunderstood » qui, bien qu’étant en décalage avec l’époque, correspond tout à fait à l’ambiance du moment. Cette ultime scène d’action reste mémorable car on a vraiment l’impression d’être dans un Mad Max… En plus délirant ! Les chevaux se prennent des boulets de canon, les motos font des collisions, les explosions tout comme les cascades ne cessent jamais; c’est un spectacle total.

Le bon la brute et le cinglé n’est pas un film « prise de tête ». En gros, c’est juste l’histoire de trois mecs qui se coursent. Pourtant, il est difficile de ne pas éprouver un réel plaisir, presque puéril, à voir ces gus devenir très inventifs pour tenter de trouver un trésor qui, on le devine dès le début, n’est pas celui attendu. En grattant un petit peu, on trouve quelques pistes de réflexion, et principalement un questionnement sur l’histoire de la Corée et notamment l’occupation japonaise que le pays a subi  entre 1910 et 1945. Cette période difficile est décrite à travers le personnage du cinglé qui s’est expatrié et dont le rêve ultime est de pouvoir « racheter » des terres dans son pays et élever du bétail. Contrepoint au spectacle jouissif des scènes d’action, le côté obscur et mélancolique du cinglé est typique des films de Kim Jee Woon. Que ce soit dans 2 soeurs ou Bittersweet Life, il dépeint à chaque fois des âmes en peine qui se battent avec leurs origines et leur environnement.

Sortie le 16 juillet en dvd et blu-ray chez TF1 Vidéo.

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A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

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