Born from Pain


jacquette-bfpMettre le nez dans la crotte n’est pas une expérience très agréable sauf si l’on est un coprophile averti. C’est un peu ce que l’on éprouve quand on regarde le court-métrage réalisé par le mystérieux tandem Alex et Niko.  Les deux auteurs ont volontairement joué la carte du trash, du glauque et de la provoc.  Pour autant, l’esthétique du film et son rythme lent se rapproche de l’Eraserhead de David Lynch, le poulet qui ressuscite en moins. On y détecte aussi quelques bouts de Cronenberg sur la fin, lorsqu’objets (et notamment une télé) se mettent à fusionner avec le corps humain.

Mais que nous raconte Born from pain ? C’est l’histoire d’une jeune femme qui se prostitue et qui récupère les capotes usagées pour les stocker au congélateur. Une fois le stock bien rempli, elle mélange le tout et se l’injecte dans le vagin afin de tomber enceinte. Le bébé qui nait va alors être enfermé dans une pièce quasiment vide avec pour seul jouet une télévision, allumée toute la journée et projetant des images de violence.  Et ce, jusqu’à l’adolescence. Que va devenir cette pauvre petite créature ?

Le film se prend les pieds dans le tapis en mélangeant certains thèmes sans vraiment de cohérence : transsexualisme, prostitution, nudité, violence télévisuelle, etc. Mais d’un autre côté, l’esthétique du film bénéficie d’un soin proche de la maniaquerie. Le noir et blanc est lisse et superbement éclairé, les mouvements de caméra sont originaux et fluides, et Beethoven accompagne le récit par moments. Le film a donc une double personnalité, un contenu trash dans un emballage objectivement beau.
photo_0024Si le récit amalgame pas mal de choses un peu dégoûtantes, le résultat final est très abouti et on sent que les auteurs ont tout fait pour ne rien laisser au hasard. D’ailleurs on devine que certaines scènes très réalistes et très graphiques dans leur côté sordide ont sans doute nécessité des trucages un peu recherchés.
Comme le dit la formule, Born from Pain ne laisse pas indifférent. Le film étonne, choque et dérange, successivement.  C’est un court-métrage politiquement incorrect, insolemment irresponsable, qui procurera du bonheur à ceux qui en ont marre de la pellicule formatée de genre (soit remake des seventies, soit film de zombies).

En bonus, le dvd propose Sous-France, un fait divers mis en image par les mêmes réalisateurs. Lors d’un repas d’anniversaire, un père de famille pète un câble et se met à tuer tout le monde. C’est concis, violent et sans concession. La mise en scène très froide et une absence de point de vue de réalisateur (c’est filmé d’en haut, un peu comme une caméra de surveillance) font de ce très court-métrage quelque chose d’assez malsain.

Entretien avec les réalisateurs Alex & Niko

La mise en scène n’est-elle pas trop inspirée de Lynch ? On se croirait parfois dans Eraserhead.
Le noir et blanc , c’est parce que on devait tourner avec des pellicules de récup , elles étaient toutes différentes , donc en passant le film en noir et blanc on avait plus aucun  problème.
Le gros plan sur la bouche qui mange une saucisse ça fait référence au film Sschizophrenia.
Les panneaux répétitifs c’est un moyens d’élipser et de ponctuer l ‘histoire. On voulait raconter l ‘histoire comme un conte (littéraire) donc avec des chapitres. Si tu veux des références ça serait plutôt Godard , Kubrick ….
Les plans long , c’est pour  de vivre l ‘action en temps réel comme dans la vraie vie.
C »est marrant car nous n ‘avons jamais pensé à Eraserhead , on nous cite plutôt d’habitude Gaspar noé , Haneke, Cronenberg quand on veut nous mettre dans une « case ».

La morale n’est-elle pas un peu simpliste : « la télé c’est mal »,
semble dire le film ?
Il n ‘y a pas de morale à la fin du film. Elle accouche de la violence car son éducation a été pervertie par la vision déformée de la réalité renvoyée par les médias (dans le film, la télé) mais on ne sait pas ce qu elle va faire de cette violence. Le film reste ouvert, tout le monde peut imaginer la suite comme il l’entend.
Mais oui on peut peut être trouver ça grossier . En tout cas c’est ce qu on avait envie de dire.

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Que vient faire le transsexualisme dans l’histoire ?
C »est le résultat de la mutation de tous les spermes .
C’était aussi pour que les gens se posent des questions (Ca nous amuse que tout le monde cherche à analyser des détails ou  partis pris qui ne sont parfois qu’estéthiques ou qui n ‘ont pas de réelle importance dans la narration, ils participent simplement à l ‘univers et à l ‘ambiance). Ca marche apparemment.

D’où vient ce goût pour les faits divers sordides ?
C’était ce qu on avait  envie de traiter à ce moment là , c’est tout .
Mais c’est vrai que notre travail se dirige dans cette direction : faire de la poésie avec des choses qui collent . faire ressortir la beauté des trucs  » sombres ».
Et  la réalité dépasse la fiction !!!

Pourquoi un titre en anglais ?
Et pourquoi pas ? le mélange c’est l’avenir…

Pourquoi y a-t-il eu 4 équipes de tournage ?
Parce que c’est autoproduit et ça a donc été tourner en 4 fois étallé dans le temps.

Pourquoi avoir choisi de co-réaliser ? En d’autres termes, comment
vous vous êtes connus et avez décidé de faire des films ensemble ?
On s’est connus au lycée. Depuis on a tourné une dizaine de courts-métrages ensemble, c’est comme ça que ça fonctionne . Pourquoi ? On ne sait pas , c’est la vie.

Le dvd est disponible à la boutique Hors-Circuits à Paris.


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

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