L’île au trésor / Contes de Juillet

Il ne s’en cache pas, ses influences viennent d’Eric Rohmer et Hong Sang-Soo. Cinéaste de l’intime, Guillaume Brac se nourrit des rencontres et expérimente des dispositifs entraînant souvent le brouillement de la frontière entre réel et fiction. Mais quand le coréen HSS refait le même film (un artiste tombe amoureux) en inventant mille variantes, le français s’intéresse avant tout aux personnages et à leurs relations, pas forcément amoureuses (mais quand même). Le champ est donc plus vaste et laisse de la place à l’inattendu.

Sortis chez Potemkine sous forme de coffret, L’île au trésor et Contes de Juillet se font écho et forment un diptyque évoquant la saison estivale. Les deux films peuvent aisément se voir l’un à la suite de l’autre. Le premier est plus proche du réel par son aspect documentaire mais le second, une « vraie » fiction, est aussi largement contaminée par le réel.

Le titre du premier film évoque immanquablement des aventures rocambolesques et des pirates. Mais l’île du film est en fait la gigantesque base de loisirs nautiques de Cergy-Pontoise. Ça fait moins rêver mais en persévérant un peu, on pourra tout de même y trouver des pépites narratives.

C’est une sorte de documentaire qui fait intervenir plusieurs personnes fréquentant ce lieu de rassemblement, à destination des habitants de la proche banlieue parisienne. Par petites touches subtiles (notamment un gros travail de montage), le réalisateur parvient à dénicher la richesse chez chacun des protagonistes aussi différents soient-ils.

Si on gratte un peu le vernis de l’été, chaque personnage révèle une partie plus sombre, qui fait contraste avec le soleil, le sable fin et les barbecues.

Évidemment, le choix du lieu n’est pas anodin. Ce qui est intéresse le réalisateur c’est que là se rejoignent des gens de toutes origines sociales. Des jeunes tentent de resquiller pour ne pas payer, entamant avec les vigiles un jeu de cache-cache amusant. Et puis on passe à l’onirisme lorsque l’on suit des étudiants en paddle, accéder à une sorte de pyramide surréaliste située sur le lac, alors que la base est fermée au public. On a donc bien des aventures avec des pirates et des lieux secrets. C’est là que réside le talent de Guillaume Brac. Il explore les interstices de la banalité et met en lumière de puissantes émotions. L’aventure est partout si l’on s’ouvre au monde.

Contes de juillet comporte deux moyens métrages. Le premier suit deux jeunes femmes employées dans une boutique de vêtements, et qui vont à la base nautique pour échapper à la routine pendant une journée. Sur place, elles font la rencontre d’hommes. 

Le deuxième film raconte le dernier jour en France de Hanne, étudiante norvégienne. Son projet de fêter le 14 juillet avec des inconnus tombe à l’eau et elle se retrouve dans sa cité U avec un pompier danseur, un prétendant italien et d’autres.

Avec une économie de moyens (unité de temps et de lieu), Guillaume Brac mise tout sur ses personnages et ses acteurs. Certes, le résultat est un peu scolaire (les acteurs sont des étudiants et le moyen-métrage ne permet un développement plus profond) mais à nouveau le réalisateur tire le meilleur du projet. Chaque acteur amène un peu de réalité dans son personnage. Et la comédie légère finit par plonger dans la réalité et les ténèbres lorsque est évoqué l’attentat de Nice le 14 juillet 2016, ayant eu lieu au même moment que le tournage.

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