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Synopsis :

Blake, artiste replié sur lui-même, fléchit sous le poids de la célébrité, du succès et d'un sentiment d'isolement croissant. Réfugié dans une maison au milieu des bois, il tente d'échapper à sa vie, à son entourage et à ses obligations. Il regarde, écoute, et attend la délivrance.

Critique du film :

Ultime volet d’une trilogie de Gus Van Sant entamée avec Gerry et Elephant, Last Days s’inspire des derniers jours de la vie du chanteur Kurt Cobain.
Les deux premiers films étaient mis en scène dans des décors aux couleurs surexposées : des couleurs très vives ou très présentes. Dans Elephant, les t-shirts, les cheveux blonds, voire blancs, des lycéens, les pelouses, et le ciel. Dans Gerry les sables du désert et le ciel bleu sur lesquels se posent deux personnages et quelques buissons à épines.
Dans Last Days le décor est beaucoup plus proche du quotidien, bien que peu banal. Une maison un peu perdue dans une forêt. Pas de soleil brillant, peu de ciels bleus, peu de ciels d’ailleurs. Des images et des couleurs plutôt ternes, à l’image de l’esprit du futur suicidé.
Tout le film semble terne. Il y a très peu de dialogues. La plupart sont secondaires, sans impact sur l’inéluctable issue de cette histoire.
Quoi alors ? Le film ne dit pas grand chose sur cette histoire, sur l’état d’esprit de cet homme, sur ses raisons. Et c’est justement la réflexion du réalisateur : pourquoi une telle fascination sur une histoire dont on sait si peu. Si l’on savait tout, en aurait-il été de même ? Et si Kurt Cobain était moins connu ?

On observe un homme perdu, qui prépare son départ. Il n’est déjà plus vraiment là, il semble presque ne plus remarquer la présence de ses proches.
Ceux-ci sont pourtant bien là. Ils ne se soucient pas, en apparence en tous les cas, de Blake (le pseudo-Kurt). On parle ici bien sûr de stars du rock qui vivent dans un monde décalé, pas toujours ou pas souvent dans un état très sobre. En fait, ils ont compris qu’ils ne peuvent pas l’influencer. Ils restent là, prêts à l’aider, sans le déranger. Une grande preuve d’amitié ou d’amour dans l’indifférence.
Finalement, ces images ternes, sans dialogues, portent beaucoup d’émotion.
Les acteurs sont efficaces, en particulier Michael Pitt qui joue Blake. Sa ressemblance physique avec Kurt Cobain a été vantée. Ceci dit, n’importe qui mettant un vieux pull troué et cachant sa figure derrière une coupe au carré blonde ressemble à Kurt. Mais rien à redire sur sa performance.

Le départ imminent de Blake est aussi mis en scène par le désintérêt des protagonistes par rapport à tout ce qui les entoure. Tout ce qui peut se passer de spécial dans leur maison éveille en eux une réaction "normale" donc saugrenue. Pour le spectateur, c’est l’occasion de rire un bon coup (et ne pas déprimer).
La plus fameuse anecdote est celle de deux jeunes garçons venus porter la parole de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (nom ironique). Les deux garçons se présentent : « bonjour je m’appelle Elder Friberg. », « je m’appelle aussi Elder Friberg. Nous sommes de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ». Un comique excellent et presque réaliste. Les deux jeunes vont entrer et discuter avec Scott qui est accueillant. Celui-ci à l’air s’intéresser à eux, il mène la discussion et leur pose des questions parfois pertinentes auxquelles ils auront du mal à répondre. Finalement, c’est eux qui vont se lasser et quitter la maison d’eux-mêmes.
Pendant ce temps, Blake, en robe sexy et en rangers, regarde la télé fort. Arrive le représentant des pages jaunes, qui vient parler à Blake d’une annonce publicitaire qu’il a dans l’annuaire. Blake, toujours en nuisette, répond aux questions mais on n’est pas très sûr qu’il les ait entendues. C’est surréaliste, c’est amusant, et à la fois, avec le recul, plein de sens. Blake n’est plus vraiment là et ses amis sont autre part aussi.

Lors de la sortie du film en salle, une petite polémique a eu lieu sur le fait que ce soit un film à propos de Kurt Cobain ou non, le réalisateur le démentant, la critique affirmant que si. Il s’agissait plutôt, soit d’un petit problème de communication entre les deux partis, soit d’une action marketing. Gus Van Sant indique bien dans la pochette du DVD qu’il s’est inspiré de la fin de vie de Cobain. Le détail, c’est que le film est une fiction qui ne fait que s’en inspirer vaguement, il ne raconte pas ce qui s’est vraiment passé (a priori personne ne sait vraiment ce qui s’est passé). Rien qui ne prête donc vraiment à la controverse.

En réalité, il ne faut pas s’attacher tant au fond de l’histoire qu’à la forme. Le concept de Gus a été de tourner ces films quasiment sans script. Le scénario est une liste de lignes directrices. Les acteurs construisent et inventent leurs textes ensemble, au fur et à mesure. Certaines situations survenues hors tournage, certaines discussions sur le plateau amènent de nouvelles idées intégrées au film.
Il s’agit donc plus, d’un point de vue artistique, de voir le résultat de ce travail d’improvisation que le fond de l’histoire, qui du coup est plus ou moins secondaire.
Bien sûr Gus Van Sant a été malin et a choisi des faits divers qui intriguent le public. Quoi qu’il en soit, le pari était risqué, et ça a marché.
Last Days a été sélectionné à Cannes en 2005, Elephant a obtenu la palme d’or en 2003. Dommage pour Gerry qui était un bel ovni du ciné actuel.

Comme les deux autres films, Last Days est une tranche de vie. Quelques jours d’une histoire observée selon un point de vue donné. Ce film-ci est un peu le vilain canard car il est moins "glamour" que les deux autres, mais c’est aussi celui qui porte le plus d’émotions.

Didier


 

Critique DVD
Langues : Anglais DD 2.0 stéréo et DD 3.1, Français DD 2.0 stéréo
Sous-titres : Français
Zone : 2
Editeur : MK2

  • Making of (21 min) – Je le qualifierais plutôt de petit documentaire sur l’idée du film, avec des interviews des acteurs et de l’équipe. On se rend compte que ce film était vraiment un travail original, par l’improvisation et l’émulation, un travail entre le cinéma, le théâtre, l’impro et l’œuvre d’art collective.
  • La collection Gus Van Sant – les 3 bandes annonces (6 min).
  • Happy hours – le clip avec Michael Pitt (5 min). Une chanson écrite par Michael Pitt. Clip sympa sans plus, dans le style Nirvana, avec deux très belles jeunes filles…

     
    Note
    Jérôme8/10

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