|
|
Des crimes sadiques sont commis par un maniaque. L’insatisfaite miss Wardh vit avec un mari impuissant. Elle rencontre George Corro, séduisant play boy. Son ancien amant, Jean, tourne autour d’elle, l’épie. De plus en plus inquiète, elle se demande s’il ne s’agit pas de l’assassin.
Après une série de shockumentaires et un western de piètre facture (Arizona), L’étrange vice de miss Wardh est le premier film ambitieux de Sergio Martino, et il faut le souligner, une réussite exemplaire qui incitera l’auteur du Continent des hommes poissons a continuer dans la même voie avec un égal bonheur.
Le succès triomphal de L’oiseau au plumage de cristal de Dario Argento au box office italien amorce un nouveau virage pour le bis italien. Le western, dans son versant de plus en plus parodique est sur le déclin. L’épouvante gothique, le péplum et le film de pirates sont passés de mode depuis des lustres. Au début des années 70, le giallo redonne un second souffle au cinéma populaire italien.
Les scénarios sont souvent interchangeables et les figures imposées immuables. Un tueur ganté de noir s’en prend à de jolies jeunes femmes qui n’hésitent pas à se dénuder devant une caméra complice. Les personnages évoluent dans des milieux guindés, ce qui permet aux réalisateurs de filmer complaisamment ces meurtres sadiques dans des décors exhibitionnistes à l’architecture complexes. La peur du vide anime ces films remplis d’objets insolites, de toiles post-modernes, de costumes ébouriffants et de coiffures excentriques. Cet aspect graphique borderline est inhérent aux cinéma bis des années 70. Presque une marque de fabrique. Le giallo ne connaît ni la litote, ni la sobriété.
L’étrange vice de Miss Wardh ne déroge pas à la règle mais on a parfois l’impression que Martino filme simultanément deux histoires, imbrique deux formes de récit, non pas antinomiques mais appartenant chacune à une époque distincte. Le script signé par l’incontournable Ernesto Castaldi est construit autour d’une ingénieuse machination fortement inspirée par Les diaboliques de Clouzot et L’inconnu du nord express d’Hitchcock. L’étau de resserre autour d’une héroïne de roman-photo, victime d’un environnement hostile et anxiogène. Un classicisme désuet mais efficace souffle sur la narration. Se greffe sur cette intrigue prosaïque des éléments plus modernes. Un psychopathe assassine des jeunes femmes lors de meurtres sauvages et ritualisés.
La richesse du script tient de cette conception hybride du genre entre le giallo post-moderne teinté d’ironie et le drame criminel fondé sur les motivations matérielles des personnages. L’ancien et le moderne se télescopent agréablement dans un univers de perversions et de passions parasité par les ambitions vénales de certains personnages. Captivant de bout en bout, L’étrange vice de miss Wardh évolue dans les sphères les plus raffinées du genre grâce au soin apporté à la mise en scène. Sergio Martino se révèle être un metteur en scène inspiré utilisant la caméra comme un personnage à part entière. Flou artistique, zooms ingénieux, cadrages insolites, mouvements de caméra très fluides longeant les murs et les escaliers, montage expressif fortement inspiré par les travaux de Mario Bava composent un opéra de la violence constamment sur le fil du rasoir. Grotesque et sublime, raffiné et trivial, le giallo de Martino, à l’instar de la plupart des grandes réussites du genre, assume avec un aplomb irrésistible ses partis pris de roman photo à la limite du bon goût, son érotisme suranné, ses outrances visuelles, ses décors kitch et ses effets de style d’un autre âge (images floues, zoom sur le regard bleu azur de Georges Hilton).
Le vice caché de la pauvre héroïne prête à sourire. Mais étant donné que cette dernière est interprétée par l’exquise Edwige Fenech, tout est pardonné. Habituée aux rôles de jolies infirmière ou de fliquettes dévêtues dans des comédies polissonnes aussi débiles que jouissives, la délicieuse Edwige Fenech se révèle être aussi une excellente actrice sous la direction de Sergio Martino. Le spectateur ébahi par ses courbes divines partagerait bien son secret de petite bourgeoise esseulée en sa compagnie. D’ailleurs, Edwige Fenech reçoit des fleurs accompagnées de ce petit aphorisme mystérieux: « Ton vice est une porte fermée dont moi seul ai la clé ». Jolie phrase qui deviendra deux ans plus tard le titre d’un classique du giallo toujours signé par Martino et interprété par … Edwige.
Enfin, un petit mot pour ceux qui fustigerai l’incohérence de certaines situations (Edwige Fenech confond la rouille du radiateur avec du sang, le meurtre d’un des personnages principaux n‘est pas découvert par la police). La logique diégétique du giallo n’est pas celle du réalisme mais de la fantaisie et du fétichisme. Une logique de rêve, quasi fantasmagorique, contamine ce type de cinéma coloré et rythmé comme un morceau pop délicieusement psychédélique.
L’étrange vice de Mme Wardh est un excellent et prometteur giallo. Sergio Martino confirmera ce coup d’essai avec tout une série de films épatants: L’alliance invisible, la queue du Scorpion, Ton vice est une porte fermée dont moi seul ai la clé, Torso etc…
(Italie, Espagne – 1971) de Sergio Martino avec Edwige Fenech, George Hilton, Alberto De Mendoza, Ivan Rassimov
DVD édité par Neopublishing. Titre original : Lo strano vizio della signora Wardh. Langue : italien. Sous-titres : français. Format son : 2.0 – Dolby Digital. Format image : PAL 2.35:1 – 16/9 compatible 4/3.Durée : 97 mn
Bonus
“Histoire d’un vice” : entretien avec George Hilton et Antonio Bruschini (26 min)
Commentaire audio par Federico Caddeo
Présentation du film par George Hilton
Diaporama
Laisser un commentaireEn 1967, le cinéaste danois Jørgen Leth réalise The Perfect Man, un court métrage en noir & blanc inspiré de l’esthétique publicitaire d’alors. Poétique, étrange, auto référencé et bavard, ce petit film parle du rapport réel / image, de la faillite de l’humain, de son impossible quête de représentation parfaite.
Au début des années 2000, par le biais de sa société de production Zentropa, Lars von Trier organise avec Leth un jeu malsain. Se prétendant fan du film original, il incite son aîné à le retourner cinq fois, suivant cinq faisceaux de contrainte handicapants. Le but avoué de Trier n’est pas de pousser Jørgen à dépasser l’original, mais bien de le parjurer, à échouer dans sa démarche artistique. Faire trébucher le vieux, le pousser à tourner de la merde. Aussi va-t-il utiliser tous les indices tirés de conversations préliminaires pour deviner ce que son aîné ne voudrait faire
pour rien au monde.

Five Obstructions alterne des séquences de The Perfect Man original, des fragments des rencontres entre les deux hommes, des bouts de making of caméra à l’épaule et les cinq relectures sous pression. C’est à la fois un film épatant sur la continuité entre vie et création, et un dévoilement assez émouvant de la méthode Lars von Trier.
Je l’avoue sans honte, après Dogville et des années de fidélité admirative, j’avais un peu laissé filé le Lars, l’écoeurement ayant fini par l’emporter sur la fascination. Ce n’était pas une raison pour passer à côté du discret Five Obstruction, son meilleur film depuis très longtemps, à mon avis au niveau de Europa ou de Kingdom. Et s’il parvient à reconquérir mon coeur, c’est que la violence et la perversion, au coeur du cinéma de Trier depuis le début, n’aboutissent ici sur rien de probant. Se heurtent au talent, à la résilience de Leth qui, en véritable auteur, encaisse les coups, les digère et finit malgré tout par en faire de l’art.
Il est très frappant de voir l’évolution, de segment en segment, des relations entre les deux hommes. A l’annonce de la première obstruction, dominée par une contrainte formelle absurde (pas de plan de plus de 12 images), Jørgen est effondré. On le voit un temps déprimé, errant, comme si on venait de piétiner son château de sable. Puis le film se fait malgré tout, et il ressemble au final de très près à l’original, gardant la même thématique, le même aspect glacé, la distance au sujet.
Voyant ça, von Trier impose, pour le round 2, l’absence totale de recul, forçant Leth à l’exhibitionnisme le plus crado : il tombe en dépression, angoisse, valium, fanfaronnades, puis part tourner dans un bidonville de Bombay le plus mauvais des cinq remakes. C’est à peine un film, il n’y a plus rien de l’original, qu’un grand malaise, une mise à nu de la violence du cinéma, quelque chose de physique et de dégoûtant, comme la séquence finale des Idiots. On est alors chez Lars, tout entier, et Jørgen s’est sauvé. A partir de là s’amorce la renaissance.
Le troisième remake, dont la nouvelle contrainte est “pas de contrainte” est de loin de le meilleur court, accouchant d’une histoire nouvelle, transformant le Perfect Man original en un récit noir en split screen, très libre dans sa narration. Leth a la frite, les tortures lui ont donné le goût de filmer. Il déjà est allé aussi bas qu’il le pouvait et rien ne
l’atteint plus. Sa quatrième version (en dessin animé) aboutit à un gloubiboulga d’images qui n’a plus rien à voir avec la choucroute et ressemble à une copie rendue au prof sans avoir été relue. A ceci près que le travail sur l’image est totalement nouveau, étonnant (techniques mixtes qui seront reprises dans Scanner Darkly peu de temps après).
Le dernier court, plus encore que sur la créativité de JørgenLeth insiste sur l’échec du projet trierien. C’est Lars qui l’agence, à partir d’un texte qu’il fait lire et d’un montage des rushs autour du projet global : mise en abyme alambiquée, totalement redondante et partiellement incompréhensible, ce segment n’a aucun intérêt en soi, et assez peu dans le contexte même.
A force de chercher à tout prix à ce que Leth “fasse de la merde”, c’est Trier qui se prend les pieds dans le tapis, qui perd le contrôle et met à nu ses limites.

Lars von Trier a une façon tout à fait particulière de gérer son rapport à la violence dans la création artistique. Il entretient, en particulier, une confusion assez commune et faussement narcissique entre sa personnalité et ses créations, comme un exutoire, une seconde voie pour laisser sortir son obsession de domination.
Dans Element of crime (1984), dont il est complètement absent en tant qu’auteur, la précision, la minutie des formes, semblent encore capables de le contenir en entier. Dans la série télé Kingdom (94 & 97), il intervient en maître de cérémonie à la fin des épisodes pour se moquer des frayeurs du spectateur et spéculer sur les rebondissements futurs. Sa facétie éphémère du Dogme, vers la même époque, lui offre simultanément une stature de théoricien international et une aura de farceur : Breaking the Waves (96) qui lui vaut la Palme d’Or transgresse toutes ces règles qu’il vient
d’instaurer. Et c’est Vinterberg, avec Festen (98), qui offre le chef-d’oeuvre dogmatique, par la bande de l’humour.
Depuis cette époque, von Trier fait le bonheur des critiques et de la presse pipole en martyrisant et jetant ses actrices, tenant des propos douteux à tout bout de champ, en apposant de plus en plus nettement sa patte mégalomane sur ses films : femmes manipulées, broyées, tuées, violées, recherche de l’assentiment / complicité du spectateur, jubilation de la cruauté, fausse pruderie et fausse morale. Tout ça est d’autant moins ragoûtant que le second degré a presque totalement disparu, et ne revient que comme vague excuse, comme pour écarter les responsabilités et se dédouaner de ce qui est montré.
Lars von Trier paraît être passé de la violence du contrôle formel de ses premiers films (Prix de la mise en scène à Cannes en 84), à la cruauté grotesquement explicite de Antichrist (2008). En cela, sa carrière rend visible le fait que son travail, comme celui des plus grands cinéastes contemporains, repose sur la pulsion de contrôle, de contrainte, de violence faite aux autres.
L’abstraction fantastique des derniers Cronenberg, la froideur monocorde d’Haneke, la précision bordélique de Park Chan Wook, la maniaquerie abstraite de Lynch ou le style pomo-potache de Tarantino semblent autant de variations autour de ce thème, autant de façon personnelle de canaliser les contraintes propres au médium cinématographique.
Ils travaillent à faire comprendre qu’en matière de narration, le cinéma est la forme la plus accaparante, la plus unidirectionnelle et la plus autoritaire. Au spectateur n’est donné ni le contrôle du temps, ni la marge de manoeuvre de la re-création. La narration visuelle et sonore est hypnotique, rétive à l’interprétation immédiate, son premier mode de fonctionnement est le ressenti. La logique du cinéma est comparable à celle du rêve ou du cauchemar, mais un songe conçu par la psyché d’un étranger.
Et elle passe, nous le savons malgré les making of “tous copains” inventés par les dévédés hollywoodiens, par la transmission d’une vision artistique d’un auteur-cinéaste au travers du corps des centaines de membres de son équipe, puis des milliers de spectateurs. L’admiration votive et quasi universelle pour l’oeuvre de Kubrick est aussi la reconnaissance du caractère totalitaire de cette façon de faire du cinéma. En ce sens, l’oeuvre de Lars von Trier semble plus lisible, plus explicite que celle de beaucoup d’autres. Ici la manipulation est tangible, le malaise sensible.
Et puis, et enfin, Five Obstructions donne largement à voir la résistance de JørgenLeth à cette vision dominante de l’audiovisuel. Leth est poète à ses heures. Ses films sont non narratifs, éclatés, ouverts. Dès qu’il le peut, il ouvre des fenêtres pour que le sens échappe. Des puits pour faire rentrer l’interprétation, l’analyse, tailler des espaces de jeu pour la pensée du spectateur. En essayant d’échapper à Lars, il montre en creux une façon alernative de faire du cinoche, de créer dans l’image, le son, plan et le montage, plutôt que dans le film-tout, son propos ou le récit qu’il prétend véhiculer.
Pour Lars von Trier, accepter de montrer ça, puis mettre son nom dessus, c’est peut-être ce qu’il a fait à ce jour de plus contradictoire et de plus intéressant.
Un film à voir.
FIVE OBSTRUCTIONS est signé Lars von Trier & Jørgen Leth daté de 2003. Le DVD a été édité par Films Sans Frontières en 2005. La VO dano-hispano-franco-anglaise est sous-titrée en bon français de France. Les bonus contiennent quelques textes pas inintéressants, en particulier les notes de Leth qui le présentent sous un meilleur jour que lors de ses entrevue avec son bourreau et donne envie d’en voir un peu plus long.
Laisser un commentaire
Oscar et sa sœur Linda habitent depuis peu à Tokyo. Oscar survit de petits deals de drogue alors que Linda est stripteaseuse dans une boite de nuit. Un soir, lors d’une descente de police, Oscar est touché par une balle. Tandis qu’il agonise, son esprit, fidèle à la promesse faite à sa sœur de ne jamais l’abandonner, refuse de quitter le monde des vivants. Son esprit erre alors dans la ville et ses visions deviennent de plus en plus chaotiques et cauchemardesques. Passé, présent et futur se mélangent dans un maelstrom hallucinatoire.
La musique ressemble à un remix du Freak de LFO. L’excellent clip en bonus :
Pas de pitié pour les navets!!#3 –The Room– Jeudi 4 Mars à 21H
Lorsque Lisa décide de tromper Johnny avec Mark, tout se bouscule dans la vie de Jason !!
Venez supporter les pires dialogues du monde récités par les acteurs les plus cabotins d’Hollywood…Un plaisir sadico-sentimental à savourer en couple!
+ extraits et bande-annonces nanars
PAF: 3 euros (pop-corn offert)
ATTENTION: Séance gratuite pour les filles !!!
A VENIR: Une séance supplémentaire exceptionnelle le Jeudi 11 Mars à 21h: SPÉCIALE CHUCK NORRIS avec la diffusion de INVASION USA de Joseph Zito + extraits et bande-annonces 100% Moustachus


Le mariage entre culture japonaise et culture française a toujours été improbable, tant les différences sont marquées. Il suffit de regarder quelques films japonais (ou pire des émissions télé) pour se rendre compte que nos valeurs sont radicalement différentes. Nombreux sont ceux qui pensent que les Japonais sont des extra-terrestres, que ce soit par leur tradition (les codes de politesse, le poisson cru, le théâtre nô) ou par leur côté excentrique (les films de Takashi Miike, le parapara, la pornographie à base d’animaux marins).Après tout, l’extrême-orient n’est pas nommé ainsi pour rien. Grâce à la mondialisation et à Internet, certains aspects de la culture japonaise nous sont tout de même parvenus. Le cas des mangas est exemplaire car ils ont littéralement envahi les rayons des librairies.
Pour un occidental, s’imprégner de la culture japonaise reste difficile, ne serait-ce qu’à cause de la barrière de la langue. Quelques français s’y sont risqués, sans doute fascinés par une richesse intellectuelle que l’on ne trouve guère ici. On citera Jean-Pierre Limosin, qui pose un regard d’entomologiste sur le Japon, et qui parvient à s’y fondre en prenant bien soin de ne pas juger. Cette humilité lui a permis de pénétrer l’univers fermé de la mafia japonaise avec Young Yakuza. Dans le genre “bizarre”, on trouve Romain Slocombe, écrivain et photographe. Il s’intéresse au fétichisme local (le bondage) et à des thématiques bien précises comme l’art médical à travers les photographies de jeunes femmes plâtrées et prisonnière de leur lit d’hôpital !
Eric Dinkian fait donc aussi partie de ces nippophiles, en quête de compréhension de cet étrange pays. A travers Precut Girl, il propose de mixer la culture française et japonaise en choisissant comme personnages principaux un français et une japonaise. La voix-off omniprésente est en japonais mais certains dialogues en français.
Kami se suicide régulièrement. A chaque fois, elle se réveille dans un terrain vague, enveloppée dans une bache de plastique. Désespérée, elle se trouve un petit ami pour l’aider à mourir et l’assister dans ses morbides expérimentations.
Le film s’inscrit clairement dans le genre fantastique/horreur, avec son héroïne qui ne peut mourir et ses nombreuses tentatives de suicide à l’arme blanche. L’idée est originale et le plus proche parent semble être Un jour sans fin, où Bill Murray essaye de se suicider de mille façons mais sans succès. Bien entendu, le traitement est radicalement différent ! Precut Girl reste sérieux, même si l’on note parfois quelques touches d’humour noir. De manière presque scientifique, Kami tente en vain de retrouver l’extatique moment de sa première mort, le “moment” où tout change. Eros et Thanatos ne sont donc pas bien loin. D’ailleurs, les deux amants vont peu à peu nouer une étrange relation proche du sado-masochisme.

Visuellement, Precut Girl séduit car la photographie est grise et soignée en accord avec les décors froids à base de béton, de verre et de métal. Un intéressant travail a été réalisé sur les structures urbaines géométriques (escaliers, immeubles) et produit un contraste avec des éléments plus organiques comme les coups de couteau entaillant la chair ou le réveil dans la décharge, métaphore industrielle d’un utérus. L’esthétique fait immanquablement penser au cadavre de Laura Palmer dans Twin Peaks mais lorgne aussi du côté de Shinya Tsukamoto (Tokyo Fist notamment) lors des explosions soudaines de violence. Le tout est soutenu par une bande originale efficace, avec petite mélodie au piano pendant les moments poétiques, et des riffs de guitare avec percussions sèches pour les plans où ça charcle.
Film tordu et mutant, Precut Girl contient de nombreuses contradictions. Il est à la fois ambitieux (son propos sur la mort) et modeste (les expérimentations de Kami sous forme de journal intime). Il est à la fois poétique et gore, romantique et érotique. Gokurosama desu !

Metaluna Productions & Oh My Gore ! Distribution sont heureux de s’associer pour vous présenter « French Demence Vol. 1 », l’anthologie de courts-métrages fantastiques français.
Le 15 mars sortira donc le premier volume de cette compilation de talents, futurs ou déjà confirmés.
Au programme :
- Les Morveux de Pierre-Louis Levacher
- Reptil de Pascal Stervinou
- Le Chasseur de Rêves de Patrice Gablin
- Fusible de Pierre Guillaume
- Monsieur Méchant de Fabrice Blin
- Au Royaume des Cendres de Michael Massias
- Survival de Guillaume Tauveron
- Underzone de Philippe Roure
- Fine de Cédric Jouarie
- Bloody Current Exchange de Romain Basset
- Guedro de Nicola Dulion
Bonus :
- Présentation des films par Jean-Pierre Putters (Mad Movies)
Pour plus d’informations, vous êtes cordialement invités à visiter les sites internet de Metaluna & Oh My Gore ! :
http://www.metalunaproductions.fr/
Laisser un commentaireSynopsis
Quelque part en Italie au XIIe siècle, Le prince Prospero fait regner la terreur sur un petit village provincial. Adorateur de Satan, il arrête deux paysans, Gino et Ludovico, qui refusent de payer leurs taxes. Fransesca, la fille de Ludovico et fiancée de Gino, supplie Prospero d’épargner leurs vies. Sans donner de réponse définitive, Prospero invite Fransesca au château et emprisonne les deux hommes. Il met le feu au village. Pendant ce temps, une silhouette vêtue de rouge annonce la venue de « la mort rouge » une maladie qui décime tout sur son passage.
Critique
La magnifique nouvelle d’Edgar Allan Poe tient en quelques feuillets et ne propose guère de progression dramatique au sens classique du terme. Il s’agit davantage d’un poème funèbre et morbide que d’un récit d’épouvante classique. Poe s’attachait à décrire des impressions, des émotions à travers une écriture lyrique et sombre. A ce titre, les seuls protagonistes du récit sont Prospero et la mort incarnée par une forme spectrale. On comprend mieux dès lors la gêne éprouvée par Roger Corman d’adapter au cinéma ce court récit. D’ailleurs le premier scénario, écrit par son complice Charles Beaumont, n’était absolument pas satisfaisant. Corman lui reprochait son manque de trame narrative. Il réécrivit entièrement le script avec R. Wright Campbell, incluant ainsi des éléments sur la lutte du bien et du mal, ajoutant des personnages nécessaires au développement d’un long métrage.
Au final, il faut bien l’avouer, un sentiment d’inachevé semble contaminer un récit fascinant mais bancal. Le personnage principal est le premier à subir les frais de ce remaniement. D’une séquence à l’autre, son comportement vacille comme si les auteurs avaient eu des difficultés à le cerner. Cruel, sadique, pervers, il devient par moment attentionné, réfléchi et raisonnable. Prospero devient déroutant, loin de l’incarnation du mal absolu auquel il aspire en tant qu’adorateur de Satan. Cette ambiguïté, qu’elle soit volontaire ou non, participe à la complexité du film. Le Prince hérétique est admirablement interprété par Vincent Price, au sommet de son art dramatique. Entre roublardise assumée et folie illuminée, il vampirise littéralement l’écran. En face de lui, les autres comédiens paraissent bien ternes.
Réflexion pertinente sur le bien et le mal, le masque de la mort rouge permet à Roger Corman d’affirmer son côté libertaire, son athéisme profond. Il pointe à plusieurs reprises les contradictions de la religion chrétienne qui, sous couvert d’amour de son prochain, a aussi créé l’inquisition.
D’ailleurs, la mort n’appartient ni au bien ni au mal, chaque individu créé son propre enfer et son propre paradis. La mort est neutre. Elle prend les saints comme les criminels. Voici la seule morale que semble asséner Corman. La mort est naturelle, ce n’est pas une malédiction divine ou métaphysique.
Roger Corman retrouve par intermittence la magie de la nouvelle de Poe grâce à un traitement formel poussant très loin la recherche esthétique. Le masque de la mort rouge est un enchantement visuel de tous les instants. Dès les premiers plans nocturnes, Corman nous immerge dans une ambiance gothique rappelant le meilleur de la Hammer. Dans une forêt cauchemardesque éclairée comme un décor expressionniste, la caméra traque des silhouettes encerclées par la brume. L’arrivée de «la mort » détonne dans cet environnement anxiogène. Une silhouette rouge se détache admirablement de ce cadre pictural. Imaginer Ingmar Bergman qui aurait troqué l’austérité de son noir et blanc pour des couleurs flamboyantes et vous aurez une petite idée de la beauté plastique de ce film, assurément le plus maîtrisé sur le plan visuel du cycle Poe.
Ensuite, Roger Corman nous transporte dans un autre univers, tout aussi hypnotique, à l’intérieur du château. Et là, même si le récit n’est pas toujours à la hauteur, Le masque de la mort rouge frise la perfection, ne cesse de fasciner, d’envoûter. La caméra, étonnamment mobile, se promène au milieu de décors splendides, démentiels, limites surréalistes.
A un moment Francesca traverse une série de pièces peintes d’une couleur différente (violette, jaunes, blanche et rouge). Le plan séquence latéral est d’une beauté rarement rencontrée dans le cinéma dit de série B. La mise en scène, tape à l’œil et baroque, en remontre à plus d’une superproduction de l’époque. La présence de Nicolas Roeg en tant que chef opérateur assure pleinement la réussite de ce conte raffiné et cruel qui se termine par une sorte de danse macabre flirtant avec certaines figures du théâtre avant-gardiste. Le caméraman n’est autre que Alex Thomson, démiurge à qui l’on doit les images de Legend, et d’Excalibur.
Se clôturant par une pirouette aussi terrifiante que logique, Le masque de la mort rouge est l’une meilleure adaptation de Poe par Corman. L’auteur de Mitraillette Kelly a su retrouver l’essence poétique et macabre cher à l’auteur du Chat noir.
La copie, entièrement remasterisée, est splendide, enterrant de très loin le zone 1 dispo chez MGM.
(USA/GB-1964) de Roger Corman avec Vincent Price, Hazek Court, Jane Aher, Patrick Magee
Durée : 85 mn. Format : 16/9 2 :35. Son : VF VOST (mono d’origine).
Bonus :
Présentation du film
Bande-annonce
Edité par Sidonis
Laisser un commentaire
Lorsque Bollywood s’attaque au film de superhéros, ça frappe forcément fort. Krishna est un jeune garçon élevé dans les montagnes par sa grand-mère. Son père, un éminent scientifique, est mort dans des circonstances étranges. Krishna est un jeune surdoué doté de pouvoirs hors du commun. Il saute comme un chamois et court plus vite que son cheval. Mais sa grand-mère voit d’un mauvais oeil le jeune garçon partir à la ville. Elle sait que ses pouvoirs vont être exploités à mauvais escient. Mais voilà que le petit garçon a grandi. Il tombe amoureux d’une parapentiste en détresse. Alors que son séjour au vert se termine, elle lui donne rendez-vous à la grande ville : Singapour.
Les morceaux musicaux sont plutôt kitsch. On débute par la parade amoureuse du Krishna, qui galope et qui saute de rocher en roche, sur fond de neiges éternelles. Avec ses verts pâturages, ses hautes montagnes et sa campagne, le film fait immédiatement penser à Heïdi. On continue par une mémorable scène dans un cirque, où l’on n’hésite entre le rire nerveux et la peur qui prend aux tripes (le héros grimé en clown sauteur vert fluo est en effet assez effrayant). Les scènes chantées mettent en tout cas en valeur la virtuosité chorégraphique de l’acteur Hritikh Roshan, tout en muscles, en souplesse et en rapidité d’exécution dans les mouvements.
Malgré les nombreux efforts pour créer de la péripétie (le flashback avec les aliens est un moment inoubliable), le film traine un peu en son milieu, illustrant une histoire d’amour avec quiproquos sans véritable originalité. L’histoire est divisée en deux, avec la première partie à la montagne et ensuite à la ville, mais sans que cela fasse progresser l’intrigue. Les deux tourtereaux se tournent autour pendant des jours. Heureusement, on change de registre au moment de l’incendie dans le cirque. Des enfants sont prisonniers des flammes et Krishna ne peut rester sans rien faire. Mais gros dilemme : il a promis à sa grand-maman de rester dans l’anonymat. C’est alors qu’il trouve la solution pour concilier tout cela : il se déguise ! Arborant un masque type frelon vert et un imperméable type Matrix, voici Krrish le superhéros ! Krrish, Krishna, vraiment pas évident de faire le rapprochement. Bref, notre héros peut alors dégommer quelques voyous. On a droit à que des cascades rigolotes où Krrish s’amuse à faire valedinguer des motos. On se rapproche dangereusement de Matrix Reloaded à ce moment-là… Mais qu’importe. Un brin trop long, le film reste un agréable divertissement pour tout amateur de bollywooderie.
Dvd disponible chez Bollywood Universe
Laisser un commentaire
Synopsis
Véritable légende vivante (??), Lonnie Johnson est le pilote vedette de la firme Fast Company. Accompagné du jeune Billy qui conduit les « funny cars », il est constamment en concurrence avec Gary, pilote de la firme concurrente. Phil, le patron de l’équipe, va se retrouver en conflit avec Lonnie.
Critique
Admirateur inconditionnel de David Cronenberg, jusque dans ses expériences les plus limites (Stereo, Le festin nu), j’ai toujours fait l’impasse, consciemment ou non, sur Fast company, un de ses rares opus inédit en France. Le seul à ma connaissance si l’on excepte ses deux premiers essais expérimentaux.
De prime abord le sujet ne me passionne guère. Les rivalités masculines sur fond de courses de voitures, ont tendance à m’ennuyer sévèrement. Je garde même des souvenirs douloureux de machins comme Le Mans ou Jours de tonnerre. Récemment même j’ai été pris d’urticaire à la vision de l’innommable Michel Vaillant, production besson d’une crétinerie abyssale.
Evidemment, en intellectualisant le sujet, tout objet pelliculé abordant le thème de la vitesse engage une réflexion sur la puissance et l’ivresse, traitant sur un mode allégorique, une attirance pulsionnelle vers la violence et la sexualité. Crash est à ce titre un chef-d’œuvre de sensualité et de perversité, un poème sulfureux sur la fusion de la chair et du métal doublé d’une histoire d’amour fou, sans limite, fondé le désir absolu. Cette digression m’embarrasse à vrai dire ! Une fois visionné ce Fast company, le constat est sans appel. Pur produit de consommation, le film n’est qu’une série B très premier degré, sans relief ni ambition. Les thèmes chers au réalisateur canadien sont présents mais en surface. David Cronenberg élude même le potentiel érotique de son script et se contente de suivre linéairement un récit prosaïque. Le scénario, digne d’un téléfilm standard, taille à la serpe des personnages sans grand relief : promoteur véreux et corrompu, pilote désabusé en fin de carrière, jeune chien fou désireux de prendre la relève, jolie groupie qui ne manque pas une occasion de ses dévêtir. A l’instar des moteurs, le film ronronne tranquillement jusqu’au générique de fin. Je défie quiconque de trouver le moindre style personnel à cette petite échappée belle. Aveuglé par sa passion indiscutable pour les véhicules motorisés, David Cronenberg s’est fait plaisir. Rien d’autre.
Si Fast company ne portait pas sa signature, on serait en présence d’une série B sympa doté de quelques scènes d’actions enlevées et d’une BO country rock façon Springsteen du pauvre. Finalement ne boudons pas notre plaisir. Et oublions l’auteur. En tant que néophyte, la discipline présentée est cependant assez fascinante. Le dragster est un sport mécanique d’accélération sur des temps très courts. Cette drôle d’activité parait frustrante pour celui qui ne connaît rien. Au moins, les courses ne sont pas interminables.
Tourné entre le très glauque Rage et le magnifique Chromosome 3, cet édifiant hommage à un sport peu connu est une parenthèse dans une filmographie presque sans faute du canadien, une pure curiosité en raison, paradoxalement, de l’anonymat du produit. Comme d’habitude, John Saxon, est parfait en crapule de service. Rien que pour sa prestation jetez un coup d’œil sur ce Fast Company qui ne marquera pas l’histoire du cinéma.
(CAN-1979) de David Cronenberg avec William Smith, John Saxon, Claudia Jennings, Nicolas Campbell
Edition Blue Underground. Blu-ray multizone.Son: 7.1 DTS-HD; 7.1 Dolby TrueHD; 5.1 Dolby Digital Surround EX. Audio : Anglais. Sous-titres: Anglais (SDH), Français, Espagnol. Format : 1.85
Bonus
Interview de John Saxon et William Smith
Stereo (1969) et Crimes of the futur (1970) (en anglais uniquement)
Commentaire audio de David Cronenberg
Interview de Mark Irwin à propos de David Cronenberg
Laisser un commentaire