Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg

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JOUR 1

C’est dans une salle bondée que débute le mercredi soir, sous les meilleures auspices, le tout jeune Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg.

Nous étions prévenus que nous allions en prendre « plein les mirettes, plein les oreilles » et Hellboy II ne servit non pas d’entrée rassasiante, mais autant dire d’un vrai plat principal bien consistant. Tir d’artillerie lourde pour débuter les hostilités avec le pétaradant nouveau film de Guillermo Del Toro. La question que l’on est en droit de se poser est : le film est-il de la trempe du premier ? Largement, oui. Hellboy II The Golden Army est un film rempli comme un œuf, chargé d’idées plastiques et de ruptures de tons surprenantes.

De plus le seul gros défaut du premier volet, à mes yeux, a disparu. Le naïf agent du FBI qui servait à introduire le spectateur dans l’univers d’Hellboy avec un point de vue neutre et permettait ensuite de développer un triangle amoureux. Un procédé qui même s’il était très louable ressemblait un peu à une concession Hollywoodienne. Exit l’agent candide un peu trop propre sur lui, dont on apprends en une phrase qu’il a été expédié en Antarctique par un Hellboy jaloux. Del Toro recentre son sujet sur les Freaks, ceux qu’il a toujours chéri dans toute sa filmographie. Autrement dit « Rouge », Elizabeth Sherman et Abraham Sapiens. Et comme de coutume, chez cet auteur, la Némésis a des raisons plus fouillées que dans le commun des blockbusters. Del Toro arrive à combiner les exigences d’Hollywood et sa personnalité. Spectaculaire au plus haut point, Hellboy II affine son discours, portant toute l’affection de son réalisateur envers les « monstres » quelque soit leur camp. Tout en n’oubliant pas d’écorner les « normaux » au passage.

Le scénario ne fait pas de remplissage, enchainant les ambiances parfois opposées. Une scène à la fois touchante et comique débouche sur un combat acharné ; un affrontement gargantuesque contre une entité surgit des écrits de H.P. Lovecraft se conclut sur un moment poétique et réflexif sur la condition des « monstres ». Dans les morceaux de bravoures ont peut insister sur ce combat de titans avec le « Dieu-Forêt » (Mononoke Hime ?) qui lorgne vers Shub-Niggurath et l’assaut des « Petites Souris » dont le nom malicieux cache des créatures aussi voraces que des piranhas (elles mangent les dents de leur victime en premier, d’où leur nom !), aussi dangereuses que risibles suivant les cas. Le rythme de croisière est contrebalancé par des scènes intimistes et un certain sens de l’humour, simple mais universel (le supérieur allemand à cheval sur le protocole). Autant Le Labyrinthe de Pan pouvait rendre neurasthénique, autant le public a réagit à l’humour sur celui-ci de façon bon enfant. Même mon comparse Léo, peu soupçonnable de collision avec le-tout-Hollywood, a ri de bon cœur à chaque gag. (ndlr : à mon avis, c’était nerveux)

Visuellement la bande fourmille de détails. Prenons pour exemple le marché des trolls qui nous ramène au bon vieux temps de la Cantina Band de Star Wars quand le spectateur ne savait plus où donner de la tête devant le nombre de créatures originales visibles à l’écran. Le réalisateur fait preuve de son syncrétisme culturel, empruntant des éléments à Tolkien, à Gustave Doré, aux jeux vidéo (L’hommage manifeste à Shadow of the Colossus) sans que jamais ce mélange ne soit indigeste.

Hellboy II ne roule pas son spectateur dans la farine et lui apporte clairement satisfaction pour peu qu’il soit friand de Dark Fantasy colorée. À vrai dire, c’en est presque rassurant une telle inventivité, générosité et sincérité dans une période où tant de films grand public donnent l’impression d’avoir été mille fois vu, passés au mixer pendant le montage et élaboré dans un carcan de cynisme mercantile qui semble prévaloir à tout bout de champ. Ne parlons même pas d’idées saugrenues de producteurs surgissant en dépit du bon sens (qui aurait pensé que le réalisateur de Charlie et ses drôles de Dames serait le réalisateur du prochain Terminator ?)

Hellboy II est, à son niveau, une belle réussite.

Udéka

L’avis de Léo

Rien de bien frais en blockbeusteurie, sauf à considérer que les fusions stylistiques constituent des inovations fracassantes. HB2 c’est 1/3 d’Indiana Jones, 1/3 de SdA et 1/3 de Batman, avec un fin glaçage d’Auteur sur lequel on aimera s’attarder pour prouver qu’on a un oeil (Del Toro et ses freaks, l’humour à Mignola). Des messages assez choquants de nouveauté : Babylone a souillé la terre, l’amour nécessite sacrifice, buvez de la bière mexicaine… On retiendra une chique scène de beuverie virile, des petites touches urban fantaisistes bien vues, deux ou trois seconds rôles funs et un rien de bargerie de temps à autres. Le reste risque de ne pas imprimer le cerveau assez longtemps pour rester 48 heures en cache. Je reste persuadé que Del Toro a un film dégoûtant dans la tête mais me demande s’il l’en extraira un jour. Après le troisième volet des aventures de l’antéchrist déguisé en Tom Waits ?

Sommaire

6 commentaires sur “Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg”
  1. Impatiente de découvrir l’œuvre cinématographique de monsieur Fabrice Du Welz, que je ne connaissais pas auparavant. Et tout particulièrement Vynian, dont la bande annonce est tout simplement formidable et attractive !

  2. Pour Udeka:

    Si tout va bien, viendra un jour où tu en apprendras plus sur le village de DEAD BONES… 😉

  3. J’ai maté ROCHES ROUGES! Sans doute le meilleur court de genre que j’ai vu depuis bien longtemps! Enfin une vraie histoire servie par de vrais comédiens! Une réal nerveuse et la musique cartonne! Non, franchement, ça tape dur! Certaines scènes foutent vraiment mal à l’aise…

    Pour BLOODY CURRENT EXCHANGE, c’est la seconde fois que je le vois. Une ambiance soignée, mais l’histoire, j’y pige rien, et c’est quand même un peu long. En revanche, Philippe Nahon est énorme! Le vrai atout du film?

  4. La course à la mort : assez bon film d’action de type fast and furious en futuriste et plus pyrotechnique. Je ne me suis pas ennuyé. Les perso sont tous originaux (ah la directrice de la prison super polie/pincée/coincée qui crache 10 jurons dans le dernier plan). Les bagnoles sont aussi bien foutues et surarmées. Les cascades sont originales et les rebondissements nombreux.
    Ca reste bien sûr totalement décérébré et ç’aurait été mieux si le cadreur n’avait pas bu 10 litres de Red Bull. La caméra est sécouée inutilement pour faire style « ça va vite ».

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