Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg

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Vinyan

Quand Fabrice Du Welz nous présentait Vinyan comme une expérience sensorielle, nous étions loin d’imaginer à quel stade. Vinyan est un film obsessionnel sur la sensation élémentaire, bâtit avec le feu, l’eau, la terre et le ciel.

Acte anti-commercial effronté, plongée sans bouteille d’oxygène dans un drame humain dont l’intimité se trouve métaphoriquement liée à l’environnement physique, il va clairement laisser nombre de spectateurs baisser les bras durant son périple. Radicalement épurée dans son écriture, avec des blancs à la place des notes de bas de pages, gonflée de non-dits et d’incertitudes, l’histoire de ces deux occidentaux nantis mais frappés par le destin va dangereusement basculer dans une autre dimension.

La mère inconsolable persuadée par quelques secondes furtives d’une vidéo d’un espoir incertain va entrainer son couple médusé dans une quête éperdue. Une quête même perdue d’avance. Un voyage dans l’inconnu qui les mènera aux tréfonds de la Birmanie, à la recherche de Joshua, leur enfant emporté par les flots. Vynian s’agence comme une descente en enfer psychologique par paliers, chaque entrée / sortie des longues séquences basées sur un lieu, un contexte, servant de check-point pour progresser vers cet enfer.

Dominé par une Emmanuelle Béart implacablement habitée, à un point tel que cela en est troublant, à un degré qui permet de douter que l’actrice n’y a pas laissé quelques plumes au passage, le film est une peinture funèbre en mouvement (le chef opérateur est le maître d’œuvre d’une photographie phénoménale). D’une telle beauté plastique qu’elle ne peut pleinement s’apprécier qu’en salle.

Métrage présenté de prime abord comme un film de fantômes, Du Welz, qui fait preuve d’une maîtrise terrassante, sans compromission, y parle surtout des fantômes de l’âme humaine et cloue sur place sur ses dernières minutes, tout en embrassant la quintessence du… bis italien, d’une façon inattendue.

Vinyan n’est ni agréable, ni accessible, ni susceptible de plaire à un spectateur sur-stimulé qui a soif d’un rebondissement toutes les dix minutes. Il y a de quoi craindre pour son accueil public, vu qu’il est ardu de l’étiqueter, vu qu’il n’utilise aucune ficelle aguichante. Peut-on même parler encore de film de genre à son sujet ? Il est si contemplatif que certains vont décrocher en suivant son rythme lascif ou se laisser envouter par cette séance d’hypnose. Comme le disait Du Welz : « On est soit dedans ; soit dehors ». En fait, son oeuvre ne pointe jamais vers un référent comparable, ni de près ni de loin, et si elle intègre de multiples citations, de Apocalypse Now aux Révoltés de l’an 2000, jamais ces renvois cinéphiles ou littéraires n’accaparent l’essence particulière de sa création. Quelle projection étrange que ce Vinyan qui fouille dans les peurs enfouies et les remue avec langueur.

Udéka

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6 commentaires sur “Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg”
  1. Impatiente de découvrir l’œuvre cinématographique de monsieur Fabrice Du Welz, que je ne connaissais pas auparavant. Et tout particulièrement Vynian, dont la bande annonce est tout simplement formidable et attractive !

  2. Pour Udeka:

    Si tout va bien, viendra un jour où tu en apprendras plus sur le village de DEAD BONES… 😉

  3. J’ai maté ROCHES ROUGES! Sans doute le meilleur court de genre que j’ai vu depuis bien longtemps! Enfin une vraie histoire servie par de vrais comédiens! Une réal nerveuse et la musique cartonne! Non, franchement, ça tape dur! Certaines scènes foutent vraiment mal à l’aise…

    Pour BLOODY CURRENT EXCHANGE, c’est la seconde fois que je le vois. Une ambiance soignée, mais l’histoire, j’y pige rien, et c’est quand même un peu long. En revanche, Philippe Nahon est énorme! Le vrai atout du film?

  4. La course à la mort : assez bon film d’action de type fast and furious en futuriste et plus pyrotechnique. Je ne me suis pas ennuyé. Les perso sont tous originaux (ah la directrice de la prison super polie/pincée/coincée qui crache 10 jurons dans le dernier plan). Les bagnoles sont aussi bien foutues et surarmées. Les cascades sont originales et les rebondissements nombreux.
    Ca reste bien sûr totalement décérébré et ç’aurait été mieux si le cadreur n’avait pas bu 10 litres de Red Bull. La caméra est sécouée inutilement pour faire style « ça va vite ».

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